En devisant de la sorte, nous arrivâmes au consulat français. Le consul était sorti; la gondole se remit en marche à travers le dédale des canaux et nous déposa bientôt devant le palais qu'habitait la prima donna.
Nous trouvâmes Stella au piano, repassant un rôle qu'elle devait jouer pour la première fois le lendemain; en apercevant son amant, même avant de me saluer, elle lui sauta au cou avec ce laisser-aller de cœur des Italiennes qui m'a toujours ému; puisse tournant vers moi, elle me tendit la main, en me disant:
—Oh! c'est très-bien, signor d'être venu me voir! Et mes couplets? ajouta-t-elle aussitôt, j'y compte, je me sens en verve de bonne musique.
—Ces couplets sont là, lui dis-je, en touchant mon front; et, demandant une plume et du papier, j'écrivis aussitôt une de mes chansons espagnoles.
La prima donna parlait fort bien français, et tout en parcourant mes vers, elle les fredonnait sur un motif encore indécis.
—J'y suis! dit-elle tout à coup. Amico caro, emmène le seigneur français dans la galerie fumer un cigare; buvez du café, et revenez dans une heure; le chant sera fait.
Nous lui obéîmes, et, comme nous nous éloignions, j'entendis sa voix puissante qui faisait éclater mes vers dans une mélodie qu'elle improvisait.
—Écoutons-la sans qu'elle nous voie, dis-je à son amant.
L'air qu'elle avait trouvé, et qu'elle modifiait sans cesse en le répétant, était vraiment inspiré: il agrandissait mes vers et prêtait aux mots un sens plus idéal. Chaque fois que j'entends de la belle musique, il me semble que la poésie est à côté froide et incolore comme la raison l'est à la passion.
À mesure que Stella chantait, son amant me disait tout bas: