—Et où allez-vous comme cela? reprit la danseuse.

—Souper chez moi, répliqua Stella.

—J'en suis, dit Zéphira; Luigi m'ennuie, il est laid et jaloux; cela m'amusera de le laisser se morfondre à m'attendre. Je ne danse pas ce soir, signor Francese, et après le souper je pourrai vous promener au clair de lune; car il serait inhumain à vous et à moi de troubler le tête-à-tête de Stella et de son adoré.

La compagnie de la danseuse me gâtait un peu celle de mes nouveaux amis. Involontairement, j'étais triste de l'obstination d'Antonia. Dans cette disposition d'esprit, la coquetterie de cette fille évaporée m'irrita les nerfs comme un vin aigre. Je m'étendis au fond de la gondole, et, sous prétexte que j'avais certainement la migraine et qu'il fallait me soulager, Zéphira vint s'asseoir auprès de moi; elle agita vivement sur mon front et mes cheveux son éventail à paillettes. Sa beauté était piquante et ne manquait pas de grâce. Comment me fâcher et lui dire qu'elle me déplaisait? J'eus la pensée de m'en aller. Stella, me devinant, me dit en anglais, langue absolument inintelligible pour la danseuse:

—Je vous en prie, ménagez-la à cause de moi; car elle serait capable de me faire siffler demain soir.

—Que vous dit-elle là? fit la danseuse d'un air rogue.

—Que je suis amoureux de vous et que le comte Luigi me tuera.

Elle me sourit alors gracieusement, et continua à m'éventer tout en allongeant ses doigts dans mes cheveux. Je lui débitai quelques galanteries, et, une fois lancé dans cette fiction, je dus jouer mon rôle d'adorateur.

Le souper fut fort gai; Zéphira vida un grand flacon de vin d'Espagne et me força à lui tenir tête.

Quand nous passâmes au salon et que Stella se mit au piano pour me faire entendre notre barcarolle, Zéphira, un peu chancelante, s'affaissa sur une ottomane et s'y endormit presque aussitôt.