Mais j'entends ici maintes voix s'élever:

—Oh! j'ai une excellente vieille bonne! je puis avoir la plus grande confiance en elle!

—La mienne est une fille douce et honnête, qui n'a aucun vice.

—Celle-ci a élevé des enfants dans les meilleures maisons!…

Les jeunes femmes ont facilement confiance, d'abord parce qu'elles n'ont pas l'expérience du mal, triste expérience, hélas! qu'on acquiert avec les ans et toujours trop tard! ensuite, elles ont le caractère indécis et faible; quittant la tutelle paternelle pour entrer sous le joug conjugal, l'obéissance, la douceur sont de leurs principales qualités; leur bonne, leur nourrice sont plus âgées qu'elles, en savent plus qu'elles sur bien des points: elles cèdent et se laissent dominer. Ensuite encore, la confiance s'accorde d'autant plus facilement que c'est un soulagement pour les caractères légers qui aiment bien à se décharger des corvées ennuyeuses.

La jeune femme donne un coup d'œil de temps à autre à la nursery; elle aperçoit tout bien en règle. Plus une bonne est une maîtresse femme, plus elle a d'aptitude pour réglementer seule, sans surveillance, plus elle est à craindre pour l'enfant.

Comment une mère peut-elle souffrir qu'on morigène, qu'on caresse son enfant à sa place? Comment peut-elle renoncer pour… pour qui? grand Dieu! pour un monde… indifférent! à essuyer ces grosses larmes que les gronderies font couler, à entendre cette petite voix implorer son pardon; à donner une petite correction même, toujours mesurée par l'amour maternel, puis à voir ces ris faire des fossettes aux joues roses, à démêler ces fins cheveux encore si faibles, à chausser ces pieds si mignons et si vifs!

Petite fille, cette femme a aimé à habiller sa poupée, à la bercer, et aujourd'hui que Dieu met entre ses mains une poupée vivante bien autrement intéressante que celle aux yeux d'émail, où il y a plus qu'un corps à soigner, mais une âme à former, elle s'empresse de confier ce précieux trésor à une femme à laquelle elle n'aurait certainement pas voulu confier sa poupée de bois!

Pour se rendre compte du peu de confiance qu'il faut mettre dans les domestiques même les plus éprouvés, il n'y a qu'à parcourir les jardins publics, et on s'étonnera que là où il y a des gardiens pour empêcher de maltraiter les chevaux, on ne songe pas à en mettre pour empêcher de maltraiter les enfants!

Que d'accidents funestes sont dus, sans qu'on le sache jamais, à la malveillance ou simplement à l'ignorance des domestiques auxquels on confie les bébés! Lésion du cerveau, idiotisme, déviation de l'épine dorsale, bras et jambes démis, mort souvent, hélas! anémie, fièvres typhoïdes, maladies diverses et horribles, dartres, etc., puis infirmités morales, caractères faussés, pervertis dès l'enfance, dépravation de mœurs et de sentiment, etc.!