L'explication en est bien simple. Non, ils n'aiment pas; un faux amour-propre et leurs passions sont seuls en jeu. Ces hommes n'ont point de cœur; leurs mauvais instincts, dépourvus de guide, les gouvernent seuls; et les créatures qui dominent de tels hommes, ne pouvant y arriver que par des moyens pernicieux, ne sont que des êtres pervertis.

Il est donc deux choses qu'une mère doit s'appliquer à développer en son fils: le cœur et l'estime de la femme. Au lieu de lui en montrer la perversité, en croyant l'en dégoûter, elle doit lui faire considérer les êtres méprisables qui déshonorent notre sexe, comme des exceptions, trop hideuses pour s'y arrêter longtemps, et diriger sans cesse ses regards sur celles qui sont chastes et vertueuses comme étant les seules dignes d'attention.

S'il est besoin, pour les enfants des deux sexes, que les parents soient infaillibles, c'est encore plus indispensable, s'il est possible, pour la mère qui désire conserver quelque ascendant sur son fils. Il est essentiel qu'à ses yeux elle soit entourée d'une auréole de sainteté et de vertu, afin qu'il ne perde pas toute confiance dans le bien; mais il ne faut pas qu'elle soit trop sévère, de peur qu'il ne craigne de s'épancher dans son sein.

—S'il a un cœur sensible, il souffrira, m'objectera-t-on.

Non; souffrir de trop aimer est encore jouir; combien seraient heureux de sentir leurs cœurs palpiter au prix même de quelques souffrances! Quelle émulation pour de nobles ambitions on y puise! quel intérêt pour la vie!

Et lorsqu'il rapportera à sa mère son pauvre cœur meurtri, ce sera le moment de lui faire comprendre que, parce qu'il a rencontré une femme méprisable, elles ne le sont point toutes; qu'avec une épouse chaste et pure il n'aura point de déceptions ni de désillusions, car le but principal d'une mère doit être d'amener son fils au mariage; non à un mariage de convenance, qui laisserait son cœur inoccupé, et lui apporterait seulement plus de fortune et de liberté pour satisfaire des goûts de dissipation, mais vers un mariage d'inclination, qui le retiendra à son foyer. Que de mères imprudentes, n'ayant en vue que leur ambition, éloignent leurs fils de celle qu'ils choisiraient, et les jettent ainsi, par l'isolement de sentiments purs où elles les forcent à vivre, dans le libertinage et la dépravation! Il est à remarquer, quoi qu'en puissent dire quelques esprits forts, que les jeunes gens mariés de bonne heure et suivant leur cœur, sont les plus rangés et les plus heureux, tandis que ceux qui ont été contrariés dans leur première inclination, qui d'ordinaire est toujours honorable, ou se sont jetés dans la débauche, ou bien ont fait des mariages d'argent et n'y ont trouvé ni bonheur ni gloire. Que de malheurs irréparables, que de crimes même, arrivent par suite d'unions mal assorties!

Pour préserver son fils de la mauvaise société, une mère saura sacrifier ses goûts, ses habitudes les plus chères; elle rendra son intérieur aussi gai que possible, afin qu'il s'y plaise; elle fera bon accueil aux amis de son fils, attirera de jolies et vertueuses jeunes filles, des femmes aimables et distinguées. Les relations avec les femmes du monde n'ont jamais, en les mettant même au pis, des suites aussi néfastes pour l'avenir d'un jeune homme que celles avec la mauvaise compagnie, sans parler des habitudes vulgaires et triviales qu'il puise dans cette dernière.

De même que j'ai dit au commencement qu'un homme doit apprendre plutôt à vaincre le danger qu'à l'éviter, il faut aussi lui enseigner plutôt à gagner de l'argent qu'à l'épargner. La générosité et le courage, l'amour et le travail marchent de pair. N'est-il pas odieux de voir des hommes lésiner et rapiner quelques sous sur les besoins de leurs familles ou sur leurs aumônes, et passer leur vie, les bras croisés, sans utiliser cette force et cette intelligence que Dieu leurs a données! L'occupation est une loi pour un jeune homme, quelque fortune qu'il ait.

La tâche des mères est donc délicate et difficile à remplir, autant que noble et douce; s'il est vrai que ce soient elles qui élèvent les hommes, que devons-nous penser, en voyant notre génération actuelle de jeunes gens? Âpres au gain et débauchés en même temps, reniant la vertu de notre sexe, sans s'apercevoir qu'ils blasphèment, qu'ils oublient qu'ils ont une mère et des sœurs, qu'ils auront une épouse et des filles; efféminés, fanfarons du vice, blagueurs devant les faibles, plats et vils devant ceux qui crient plus fort qu'eux, ne croyant qu'au mal, regardant le bien comme une illusion; voilà les plaies hideuses qu'il appartient aux jeunes mères de guérir, en élevant leurs fils en véritables hommes, lesquels, à leur tour, par leur contact, régénéreront les femmes; car tout se suit et s'enchaîne en ce monde. Les mauvais hommes font les mauvaises femmes; mais les mauvaises mères font les mauvais hommes. Ce sont ces mères inconséquentes, ne voulant déroger en rien à leurs préjugés, à leurs manies, à leur égoïsme, qui nous élèvent ces époux sans cœur, lesquels cherchent en vain le bonheur où leur mère le leur a montré, uniquement dans l'amour d'eux-mêmes, et ne l'y trouvent pas.

Quand un fils délaisse sa mère, c'est toujours de la faute de celle-ci; c'est souvent parce qu'elle a trop brusqué ses inclinations, et qu'il reconnaît plus tard l'égoïsme des doctrines dont elle l'a imbu, et qui ont causé son malheur. La mère a donc le plus grand intérêt à marier de bonne heure son fils avec une jeune fille aux habitudes simples; il lui sera plus facile alors de le retenir près d'elle; les petits-enfants arrivent bientôt, et forment l'entourage le plus charmant et le plus doux auquel une femme âgée puisse aspirer, en place de l'isolement où les plaisirs du jeune homme la laisseraient indubitablement.