Si vous ne pouvez procurer ce séjour, ou si c'est d'une jeune fille qu'il s'agit, qui ne puisse s'éloigner, vous lui donnez deux ou trois heures par jour, pour converser avec elle dans la langue désirée, une institutrice capable, qui ne parle pas un mot de français. Je vous garantis qu'on apprend tout aussi bien de cette manière et avec moins de risque.

On objecte que le jeune homme a tant de choses à étudier au collège, qu'il n'a que peu de temps à consacrer aux langues étrangères. Dans ce cas, il oubliera ce qu'il en aura appris, étant enfant, car rien ne s'oublie aussi facilement qu'une langue qu'on ne parle pas, pour ainsi dire, journellement, et j'en connais des cas; mais s'il veut plus tard reprendre l'étude de cette langue, il réussira en peu de temps à se familiariser avec elle.

Mon opinion est différente si vous parlez la langue que vous voulez enseigner à votre enfant; alors, donnez-lui une bonne du pays, et qu'il l'apprenne en même temps que le français; cela ne présente plus les mêmes inconvénients; il en sera de même, si vous le conduisez dès son enfance dans le pays où, entendant parler la langue par un grand nombre de personnes, il n'est pas soumis à une influence unique.

En Allemagne, les accents diffèrent, suivant les provinces, encore davantage peut-être qu'en France. Celui du Hanovre est le meilleur et le plus pur; il équivaut à notre accent de Touraine, qui est supérieur à celui de Paris, où l'on grasseie; l'accent berlinois est à celui de Hanovre ce que celui de Paris est à celui de Tours; ensuite, vient l'accent silésien, qui est bon aussi; mais évitez à tout prix de prendre pour gouvernante une Bavaroise, une Saxonne ou une Autrichienne; votre enfant apprendrait un allemand presque incompréhensible; dans le duché de Bade, il est corrompu par le voisinage de la Suisse, et dans les provinces du Rhin il n'est pas non plus très pur.

Pour la langue italienne, c'est l'accent florentin qui est le meilleur, le seul bon; le romain est peut-être plus doux, mais tourne au patois, ainsi que celui de Venise, les canzonnetas n'en ont que plus la couleur locale; mais nous ne nous occupons pas ici de la fantaisie, qui vient toujours assez facilement ensuite, si on le veut.

Quant à la langue anglaise, c'est la prononciation de la province de Galles qui est la plus claire, ainsi que celle de la Louisiane en Amérique. L'anglais de Boston, et de presque toutes les provinces américaines, est corrompu par l'émigration allemande, si abondante. Le vrai Anglais chante, bredouille, et mange toutes ses paroles en parlant; aussi, en arrivant en Angleterre, un étranger, connaissant bien d'ailleurs cette langue, mais dont les oreilles ne sont pas habituées à ce mélange, éprouve une véritable difficulté à comprendre.

Les Irlandais et les Ecossais ne parlent que des patois, lesquels sont excessivement pittoresques dans les ballades et les romans, mais manqueraient totalement de charme dans la bouche de nos enfants, et quand on pense que les bonnes anglaises sont la plupart irlandaises!

L'étude des langues s'est tellement propagée tout d'un coup en France, qu'avec cet enthousiasme, peut-être un peu trop entraînant et superficiel qui distingue notre caractère, nous nous sommes emparés à tout prix de cette idée, et quelques personnes ont imaginé de faire faire les premières études scolaires en langues étrangères. A première vue, cette idée paraît sublime; en y réfléchissant cependant, on trouve que nos enfants français sont, après tout, destinés à vivre en France, à faire leur carrière en France, à parler, à écrire en français; or, notre belle langue, chacun le sait, est d'une difficulté extrême; elle renferme des règles et des exceptions innombrables, des délicatesses et des nuances infinies; peu même de ceux qui consacrent leur vie à l'étudier peuvent se flatter de s'en servir dans toute sa pureté et sa correction; on ne saurait donc apporter trop de soins, trop de temps, ni commencer trop tôt à en inculquer les principes. Au contraire, pour une langue étrangère, il suffit de pouvoir se faire comprendre, de l'entendre, de la lire et l'écrire assez convenablement pour des relations d'affaires ou d'amitié; on ne prétendra jamais remplir la carrière d'avocat ou de littérateur en pays étranger; une connaissance plus superficielle est donc suffisante.

III

La peinture.