Les heures de récréation passées au gymnase sont des heures utilement employées. Quant à moi, j'éprouve un véritable plaisir à assister aux cours de gymnastique dans un établissement bien monté. Ce qui est excessivement intéressant, c'est d'y suivre les progrès d'un enfant qui arrive; les premières fois, chétif, nerveux, pâlissant de frayeur devant le plus petit saut, accompagné de sa mère qui lui recommande sans cesse la prudence et stimule ses craintes par ses précautions, poussant des cris lorsqu'elle voit le maître le lancer sur l'échelle de cordes. Puis, progressivement, si elle est vraiment animée du désir de faire le bonheur de son enfant, si c'est une femme de bon sens, ou si une volonté plus ferme et au-dessus d'elle l'oblige à la persévérance, la mère et l'enfant se transforment au bout de quelques mois; elle est joyeuse d'avoir su vaincre ses appréhensions ridicules et de lui voir des joues fraîches et roses, des membres robustes; lui, aussi vigoureux maintenant au physique qu'au moral, est tout fier de ses exploits, de sa témérité, et raille les nouveaux arrivants.
La gymnastique développe les membres, la taille, et, en donnant de l'assurance aux mouvements, en donne aussi au caractère. Cet exercice est éminemment salutaire de toute façon pour la femme. De quelle utilité immense il peut lui être en cas d'incendie, de guerre, de désastre quelconque, de pouvoir se sauver et sauver les autres! En voyage, en excursion, combien il est agréable de ne pas connaître le vertige et de posséder de l'agilité! Au reste, tous ces avantages sont maintenant tellement reconnus partout, qu'on voit peu de jardins et même de maisons où il y ait des enfants, qui ne soient munis d'un appareil de gymnastique.
La natation est aussi excellente au point de vue de la santé qu'au point de vue de l'utilité, et aucun parent ne doit négliger d'y habituer ses enfants pendant les chaudes journées d'été. Il est nécessaire de commencer jeune ces exercices, afin que les membres et l'organisation s'y accoutument; plus tard, il serait difficile de remédier à des habitudes de mollesse invétérée, et aux vices de conformation intérieurs et extérieurs qui en résultent.
L'équitation, les armes, rentrent dans la catégorie de l'étude de la danse. Il est excellent de les connaître, pour les hommes surtout, mais ils ne peuvent être recommandés qu'aux familles jouissant d'une grande fortune, et dont les enfants peuvent disposer de loisirs et d'argent. En un mot, ils ne sont point indispensables et leur utilité est contestable.
Beaucoup de jeux se rapprochent de la gymnastique, et les parents doivent les choisir de préférence pour récréer leurs enfants. Le ballon, le jeu de grâce, le volant, le criquet, sont bien préférables aux simples jeux de cache-cache, de colin-maillard, de quatre-coins, etc., qui n'exercent que les jambes, tandis que les autres, outre les mouvements divers qu'ils exigent des bras et de la taille, mettent à contribution l'adresse, le coup d'œil, le jugement en même temps que l'agilité.
Les personnes entre les mains desquelles repose le soin d'élever des hommes et des femmes futures, doivent naturellement s'efforcer à ce qu'une seule heure même de l'existence de l'enfant ne soit pas perdue inutilement; c'est pendant ces courtes années de l'éducation qu'il s'agit de former leur corps et leur intelligence, ainsi que de leur donner de quoi les mettre à même de fournir une carrière longue et brillante. Si les bons professeurs ont le talent de rendre intéressantes et attrayantes des études arides et abstraites, il faut une certaine aptitude pour savoir diriger les heures de récréation, de façon à ce qu'il en sorte un enseignement utile sans que ce jeune monde s'en aperçoive, et sans être obligé de les tenir dans le sérieux indispensable aux heures d'étude. Rien de plus funeste que de les faire promener, roides et silencieux au côté de leurs gouvernantes, au lieu de laisser un peu la nature à elle-même, tout en sachant, je le répète, y trouver un avantage pour eux.
Je crois donc qu'on ne saurait trop insister pour procurer aux enfants élevés chez leurs parents, des récréations utiles, prises en commun: au gymnase, en hiver, à l'école de natation, en été.
Le développement de la taille a chez les enfants une importance considérable, non seulement au point de vue de la beauté, mais à celui de la santé, et il doit être l'objet de la sollicitude constante des mères.
Dès l'âge le plus tendre, l'enfant doit s'ébattre en plein air, en toute liberté, et les mouvements de ses membres ne doivent pas être gênés par des vêtements trop étroits. A la campagne surtout, on doit laisser les enfants se livrer à la gymnastique naturelle, si nécessaire à leur âge, courir, sauter, grimper aux arbres: par ces exercices, ils acquièrent de la force et de l'adresse.
Certains parents timorés qui retiennent toujours leurs enfants et, dans la crainte d'un danger imaginaire, les empêchent de courir, de sauter, de grimper, leur rendent le plus mauvais service; ils se développent lentement ou mal et deviennent d'une grande maladresse. Dès qu'ils veulent se mêler aux jeux des autres enfants, ils tombent et souvent se blessent malheureusement, là où un autre enfant en eût été quitte pour une bosse ou une légère écorchure.