On vous fait voir à Mantoue la maison de Jules Romain; elle est située en face du palais Gonzalès, qui est construit aussi sur les dessins de ce célèbre maître. Il y a à Mantoue une Académie des beaux-arts et un musée de statues. L'église Saint-André renferme plusieurs beaux monumens, et la bibliothèque de nombreux manuscrits. Le palais du T. est aussi très remarquable par les peintures à fresque de Jules Romain et du Primatice. Ces fresques représentent des sujets héroïques et l'histoire de Psyché.
Jules Romain est mort à Mantoue en 1546; mais son nom vit encore avec toute sa gloire dans cette ville, où il a laissé un plus grand nombre de chefs-d'oeuvre que partout ailleurs.
CHAPITRE IX.
Venise.--M. Denon.--Le mariage du doge avec la mer.--Madame Marini.--Les palais.--Le Tintoret.--Paccherotti.--Improvisateur.--Le cimetière.--Vicence.--Padoue.--Vérone.--Les conversazione.
Je brûlais du désir de voir Venise, où j'arrivai la veille de l'Ascension. Quoi qu'il m'eût été dit jusque alors sur l'aspect extraordinaire de cette ville, mes yeux seuls m'en donnèrent la juste idée, et j'avoue qu'il me surprit autant qu'il me charma. À la première vue on croit n'apercevoir qu'une ville submergée; mais bientôt ces superbes palais, bâtis dans le style gothique, dont ces beaux canaux baignent les murs, offrent l'effet le plus grandiose et le plus ravissant par son originalité. J'admirai beaucoup le pont du Rialto qui est d'une seule arche de quatre-vingt-neuf pieds de longueur, et je me souviens qu'en passant dessus, je vis un pauvre homme, bien vieux, raclant sur un mauvais violon, et faisant chanter un petit garçon de cinq ou six ans qui sanglotait. Peut-être ce pauvre enfant mourait-il de faim; aussi je m'empressai de lui donner une petite somme; car sous ce beau ciel et dans cette belle ville, je voulais que tout le monde chantât gaiement. De même, je fus quelque temps sans m'accoutumer à cette quantité de barques noires qui remplacent les voitures, et dans lesquelles on s'embarque et l'on débarque continuellement à la porte de toutes les maisons. J'aurais voulu que leur couleur fût moins triste; mais les ambassadeurs seuls ont des barques de toutes les couleurs.
M. Denon, que j'avais connu à Paris, ayant appris mon arrivée, vint me voir aussitôt. Son esprit et ses connaissances dans les arts faisaient de lui le plus aimable cicerone, et je me réjouis beaucoup de cette rencontre. Dès le lendemain, jour de l'Ascension, il me conduisit sur le canal où se faisait le mariage du doge avec la mer. Le doge et tous les membres du sénat étaient sur un bâtiment doré en dedans et en dehors, appelé le Bucentaure; mille barques dont plusieurs portaient des musiciens, l'entouraient. Le doge et les sénateurs étaient vêtus de noir et coiffés de perruques blanches à trois marteaux. Lorsque le Bucentaure fut arrivé au lieu fixé pour la célébration du mariage, le doge tira de son doigt un anneau qu'il jeta dans la mer, et dans le même instant, mille coups de canon instruisirent la ville et ses environs de cet hymen solennel, qui se termine par une messe.
Une foule d'étrangers assistaient à cette cérémonie. Je trouvai là, entre autres, le prince auguste d'Angleterre, ainsi que la charmante princesse Joseph Monaco, qui s'apprêtait alors à retourner en France pour retrouver ses enfans, et que j'ai revue à Venise pour la dernière fois.
Le soir de la fête, nous allâmes voir la lutte des gondoliers. On ne saurait se faire une idée de l'adresse et de l'activité de cette espèce d'hommes; c'est un spectacle fort amusant. Plus tard, la place Saint-Marc fut illuminée ainsi que la foire qui l'entoure. L'illumination et la foire ont lieu pendant quinze jours.