Madame,
La connaissance parfaite que vous avez des personnages de l'auguste famille de Louis XVI m'avait fait dire à madame la comtesse de Rombeck que personne autre que vous ne pourrait rendre les scènes déchirantes qu'a eu à éprouver cette malheureuse famille, dans le cours de sa captivité. Des faits aussi intéressans doivent passer à la postérité, et le pinceau de madame Lebrun peut seul les y transmettre avec vérité.
Parmi ces scènes de douleur, on pourrait en peindre six:
1° Louis XVI dans sa prison, entouré de sa famille, donnant des leçons de géographie et de lecture à ses enfans; la reine et madame Élisabeth occupées en ce moment à coudre et à raccommoder leurs habits;
2° La séparation du roi et de son fils, le 11 décembre, jour que le roi parut à la convention pour la première fois, et qu'il a été séparé de sa famille jusqu'à la veille de sa mort.
3° Louis XVI interrogé dans la tour, par quatre membres de la convention, et entouré de son conseil: MM. de Malesherbes, de Sèze et Tronchet;
4° Le conseil exécutif annonçant au roi son décret de mort, et la lecture de ce décret par Gronvelle;
5° Les adieux du roi à sa famille la veille de sa mort;
6° Son départ de la tour pour marcher au lieu du supplice.
Celui de ces faits qui paraît généralement toucher le plus les ames sensibles, est le moment des adieux. Une gravure a été faite en Angleterre sur ce sujet; mais elle est bien loin de la vérité, tant dans la ressemblance des personnages que des localités.