Je ne tardai pas à visiter les environs de Londres, et ces courses employèrent tout le temps que je pouvais donner à mes plaisirs.
À Windsor, où le roi faisait sa résidence, je n'admirai que le parc, qui est fort beau. Le roi se plaisait souvent à se promener avec ses deux filles sur une magnifique terrasse d'où l'on découvre une vue superbe et très étendue.
Hamptancourt est un autre château royal où j'ai vu des vitraux superbes; ils sont extrêmement anciens, et me parurent supérieurs à tous ceux que j'avais vus jusqu'alors. J'y trouvai aussi de fort beaux tableaux, et de grands cartons, dessinés par Raphaël, que je ne pouvais trop admirer; ces cartons étaient posés par terre, en sorte que je me tins à genoux devant eux si long-temps que le gardien s'en montrait surpris. On me fit voir aussi, dans les galeries, des armures qui remontent aux temps les plus reculés, puis, dans les jardins, de magnifiques rosiers jaunes, enfin une vigne énorme, enfermée dans une serre, et qui, je ne sais quelle année, a produit quinze cents livres de raisin.
J'allai avec le prince Bariatinski et plusieurs autres Russes faire une visite au docteur Herschell. Ce célèbre astronome vivait fort retiré à quelque distance de Londres. Sa soeur, qui ne le quittait jamais, l'aidait dans ses recherches astronomiques, et tous deux étaient dignes l'un de l'autre, autant par leur savoir que par leur noble simplicité. Nous trouvâmes près de l'escalier un télescope d'une si grande dimension que l'on pouvait se promener dans l'intérieur.
Le docteur nous reçut avec la cordialité la plus obligeante; il eut la complaisance de nous faire voir le soleil dans un verre brun, en nous faisant remarquer les deux taches qu'on y découvre, dont l'une est assez étendue; puis, le soir, il nous montra la planète qu'il a découverte et qui porte son nom; nous vîmes aussi chez lui une grande carte de la lune, très détaillée, où sont représentés des montagnes, des ravins, des rivières, qui rendent cette planète semblable au globe que nous habitons; enfin, tout le temps de notre visite se passa sans un moment d'ennui, et mes compagnons russes, Adélaïde et moi, nous fûmes charmés de l'avoir faite.
On ne saurait parler des environs de Londres sans se rappeler plusieurs beaux lieux où les Anglais vont prendre les bains.
Mat-Lock, par exemple, offre tout-à-fait l'aspect d'un paysage suisse. La promenade est bordée d'un côté par des rochers du plus bel effet, couverts d'arbustes colorés; de l'autre, des prairies magnifiques: cette végétation de l'Angleterre, qui est vraiment admirable, tout présente un coup d'oeil ravissant aux amateurs d'une belle nature. Je me souviens d'avoir suivi les bords d'un ruisseau si joli, si limpide, que je ne pouvais le quitter.
Tumbridge-Well, où l'on prend aussi des bains, est de même un endroit fort pittoresque. Il est vrai que si l'on se délecte le matin en parcourant ses beaux environs, le soir on s'ennuie beaucoup dans les assemblées qui sont très nombreuses; on se réunissait pour les repas, et après le souper, comme après le dîner, tout le monde se levait pour chanter le God save the King, prière pour le roi, qui me touchait jusqu'aux larmes par le triste rapprochement qu'elle me faisait faire entre l'Angleterre et la France.
Brigton était plus renommé pour ses eaux que Tumbridge-Well et Mat-Lock. Brigton, où le prince de Galles avait alors fixé sa résidence, est une assez jolie ville située en face de Dieppe, de laquelle on peut voir les côtes de France. À l'époque où je m'y trouvai, on craignait en Angleterre une descente des Français; les généraux ne cessaient de passer en revue la garde nationale, qui était continuellement en mouvement, battait le tambour, et faisait un bruit d'enfer. J'ai fait à Brigton des promenades délicieuses sur les bords de la mer; j'y fus témoin un jour d'un effet très extraordinaire; ce jour-là, le brouillard était si épais que les vaisseaux éloignés de la côte nous paraissaient suspendus en l'air.
Je voulus aussi visiter la ville de Bath; on me l'avait vantée comme celle de l'Angleterre où l'on s'amuse le plus, et je retrouve une lettre que j'écrivis à mon frère à mon retour de cette course.