Le grand portrait de la reine.--M. Briffaut.--M.
Aimé-Martin.--Désaugiers.--Gros.--Je fais le portrait
de la duchesse de Berri.
Sous Bonaparte on avait relégué dans un coin du château de Versailles le grand portrait que j'avais fait de la reine entourée de ses enfans. Je partis un matin de Paris pour le voir. Arrivée à la grille des Princes, un custode me conduisit à la salle qui le renfermait, dont l'entrée était interdite au public, et le gardien qui nous ouvrit la porte, me reconnaissant pour m'avoir vue à Rome, s'écria: Ah! que je suis heureux de recevoir ici madame Lebrun! Cet homme s'empressa de retourner mon tableau, dont les figurés étaient placées contre le mur, attendu que Bonaparte, apprenant que beaucoup de personnes venaient le voir, avait ordonné qu'on l'enlevât. L'ordre, comme on le voit, était bien mal exécuté, puisque l'on continuait à le montrer, au point que le custode, quand je voulus lui donner quelque chose, me refusa avec obstination, disant que je lui faisais gagner assez d'argent.
À la restauration ce tableau fut exposé de nouveau au salon. Il représente Marie-Antoinette ayant près d'elle le premier dauphin, Madame, et tenant sur ses genoux le jeune duc de Normandie.
Je gardais chez moi un autre tableau représentant la reine, que j'avais fait sous le règne de Bonaparte. Marie-Antoinette y était peinte montant au ciel; à gauche, sur des nuages, on voit Louis XVI et deux anges, allusion aux deux enfans qu'il avait perdus. J'envoyai ce tableau à madame la vicomtesse de Chateaubriand, pour être mis dans l'établissement de Sainte-Thérèse, qu'elle a fondé. Madame de Chateaubriand le plaça dans la salle qui précède l'église, et voici la lettre qu'elle m'écrivit à ce sujet:
«Mercredi, Madame, je serai à vos ordres, et bien touchée du pieux pèlerinage que vous voulez bien entreprendre. Madame la comtesse de Choiseul a été contente de la place que nous destinons à votre admirable rêve. Pour moi je la voudrais meilleure; mais c'est du moins ce que nous avons de mieux dans le pauvre établissement qui vous devra un chef-d'oeuvre.
«Agréez, je vous en supplie, Madame, l'expression de tous les sentimens de reconnaissance dont je me trouve heureuse de pouvoir vous réitérer l'assurance.»
«La vicomtesse DE CHATEAUBRIAND.
«Ce lundi 20 mai.»
Depuis que la paix de mon pays semblait assurée, je ne songeais plus à le quitter, et je partageais mon temps entre Paris et la campagne; car mon goût pour ma jolie maison de Louveciennes ne s'était pas affaibli; j'y passais huit mois de l'année. Là, ma vie s'écoulait le plus doucement du monde. Je peignais, je m'occupais de mon jardin, je faisais de longues promenades solitaires, et les dimanches je recevais mes amis.