Note 32:[ (retour) ] Ces lettres sont adressées à madame la comtesse Vincent Potocka, née Massalska; elle avait épousé en premières noces le prince Charles de Ligne, qui fut tué dans les guerres de la révolution; le prince Charles était un brave et excellent jeune homme dont la mort a été beaucoup pleurée.
Note 33:[ (retour) ] M. de Boigne, mort depuis quelques années, était né à Chambéry; il a eu le bon esprit d'employer une grande partie de sa fortune à faire bâtir dans sa ville natale des hôpitaux et des monumens utiles à ses compatriotes.
Note 34:[ (retour) ] J'ai peint ces effets d'après nature.
Note 35:[ (retour) ] Ce portrait est à Genève chez madame Necker, tante de madame de Staël.
Note 36:[ (retour) ] Dans le courant de l'année 1808 et de l'année 1809, madame de Staël écrivit trois petites lettres qui se rapportent à ce portrait, et qu'on nous saura gré de donner ici; la première, datée de Coppet, le 16 septembre 1808, est adressée à madame Lebrun:
«Je serais vraiment honteuse, Madame, d'être restée si long-temps sans vous répondre, si je n'avais pas été si souffrante depuis quelque temps, que tout m'était difficile. Je m'en remets à vous pour l'exposition au salon, et je me flatte que votre talent fera pardonner ce qui manque à l'original. Quant à la gravure, je m'en charge ici; ce serait trop retarder le moment où je posséderai le portrait, et d'ailleurs tous nos arrangemens sont faits à cet égard à Genève. Je vais à Vienne passer l'hiver; si je pouvais vous y être utile, donnez-moi vos commissions; je les ferai très exactement; il est bien juste que je vous rende un peu dans le réel de la vie ce que vous avez fait pour moi dans l'idéal. Daignez me rappeler au souvenir de madame Nigris, et conservez-moi toujours, je vous prie, quelque bienveillance.»
La seconde lettre, datée de Genève, le 9 janvier 1809, est adressée à madame Nigris, la fille de madame Lebrun:
«J'ai renoncé, Madame, à la gravure du portrait de madame votre mère; c'est trop cher pour une fantaisie, et je viens d'éprouver un procès considérable qui m'oblige à des ménagemens de fortune; mais aurez-vous la bonté de me dire quand le portrait de Corinne me sera remis par madame Lebrun? Mon intention était de lui envoyer mille écus en le recevant, mais n'ayant pas de ses nouvelles, je ne sais pas du tout ce que je dois faire. Soyez assez bonne pour vous en mêler, et me négocier, à cet égard, ce que je désire. Une négociation qui me serait bien douce aussi, c'est celle qui vous amènerait en Suisse cet été. Prosper dit qu'il y viendra. M. de Maleteste ne se laisserait-il pas séduire par cette réunion de tous ses amis? car j'ose me mettre du nombre; en le voyant une fois, il m'a semblé que je rencontrais une ancienne connaissance. Vous avez eu la bonté d'écrire à mon homme d'affaires, et je lui vole le plaisir de vous répondre. Agréez, Madame, mes complimens empressés.»
La troisième lettre, datée de Coppet, le 14 juillet 1809, est adressée à madame Lebrun:
«J'ai enfin reçu votre magnifique tableau, Madame, et, sans penser à mon portrait, j'ai admiré votre ouvrage. Il y a là tout votre talent, et je voudrais bien que le mien pût être encouragé par votre exemple; mais j'ai peur qu'il ne soit plus que dans les yeux que vous m'avez donnés. Me permettez-vous de vous envoyer ce mandat payable le 1er de septembre? Agréez, Madame, l'assurance des sentimens que je vous ai voués.»
Nous avons sous les yeux une lettre de madame Lebrun à sa fille, madame Nigris, datée de Coppet, le 12 septembre; on trouve dans cette lettre tout ce que l'amour maternel a de plus tendre; nous nous contenterons d'en extraire ce qui se rapporte au voyage en Suisse de madame Lebrun:
«Les spectacles de la nature consolent ou distraient de bien des peines; je viens de l'éprouver plus fortement que jamais. Tu ne peux avoir l'idée des jouissances que j'ai ressenties dans nos courses en Suisse; tu ne peux te figurer tous ces tableaux, tous ces points de vue, tous ces sites si variés, si pittoresques. Que de choses j'aurai à te dire à mon retour! Il me semble avoir vécu dix ans depuis deux mois et demi; ce n'est pas que le temps m'ait paru long, mais toutes mes heures ont été si intéressantes et si remplies que j'en ai pour ainsi dire fixé ou noté les intervalles.»
À la suite de cette lettre de madame Lebrun, nous trouvons un post-scriptum de madame de Staël à la même adresse:
«Madame votre mère, Madame, a fait de moi Corinne dans un portrait vraiment plus poétique que mon ouvrage. Je vous prie, Madame, de trouver bon que je vous remercie de l'intérêt que madame votre mère m'a témoigné; c'est à vous qu'elle aime à rapporter ses succès. Si je n'étais pas exilée, Madame, je parlerais de mon désir de vous connaître; nos amis communs me l'ont inspiré. Dites, je vous prie, à M. de Maleteste que je vais parler de lui et de vous avec Prosper, et que je me flatte toujours qu'il pense à moi, bien qu'il ne me l'écrive jamais. Adieu, Madame, je vous vois d'ici; votre portrait par madame votre mère et par ses amis me persuade que nous nous connaissons déjà.»
C'est à Paris que le portrait de madame de Staël fut achevé; madame Beaufort d'Hautpoult, ayant vu ce bel ouvrage, improvisa les vers suivans:
Je la vois, je l'entends; tes pinceaux créateurs
Donnent l'ame et la vie et l'esprit aux couleurs;
Voilà ses yeux brillans d'ardentes étincelles,
Ces sons mélodieux, ces cordes immortelles,
Qui de ses chants divins accompagnent les vers,
Et la toile animée en parfume les airs.
Je ne sais qui des deux remporte la victoire:
L'une guide la main, l'autre fixe la gloire,
Et la même couronne enlace en ce tableau
Le front inspirateur et l'immortel pinceau.
Staël offrait à Lebrun un talent digne d'elle;
Lebrun méritait seule un si parfait modèle;
L'univers étonné de cet ensemble heureux
Sans choix tombe en silence au pied de toutes deux.
(Note de l'Éditeur.)
Note 37:[ (retour) ] Depuis ce temps, la maison de Voltaire a été achetée par une personne qui en a fait bâtir une plus grande; mais le nouveau propriétaire a conservé et soigné celle du philosophe, qu'il laisse voir aux étrangers.
Note 38:[ (retour) ] Dans mon séjour en Angleterre je vis aussi un manque de respect pour Milton. À Richemont, au milieu d'une prairie, se trouvait un arbre où l'auteur du Paradis Perdu allait s'asseoir pour écrire; eh bien! cet arbre a été coupé.
Note 39:[ (retour) ] Dans le séjour prolongé que j'ai fait à Chamouni, j'ai peint toute la ligne des montagnes entrecoupées de glaciers; j'ai peint aussi toute la vallée.
Note 40:[ (retour) ] Cette lettre et les suivantes sur la Suisse appartiennent au second voyage que j'ai fait en 1809.
Note 41:[ (retour) ] La lettre de M. Raoul Rochette, sur sa course au Rigi, est si parfaite par sa description, que l'on y voyage avec lui