Il fit sourire la municipalité qui était peu gaie!
Un jour il vint nous raconter qu'un membre de sa section avait demandé la parole pour une motion d'ordre; alors Michot, montant sur une chaise, nous joua la scène en prenant sa voix dans le fausset:
«Je dénonce Coco l'épicier pour avoir vendu du sable d'estampe pour de la castonade; je demande qu'il soit envoyé au tribunal révolutionnaire et jugé comme fédéralisse.»
Lorsque l'administration du théâtre passa entre les mains de M. Sageret, les artistes furent mal payés; Michot avait composé un dialogue sur l'air des pendus. Il disait à ses camarades assemblés:
Es-tu payé de fructidor?—Non.
—Es-tu payé de thermidor?—Point.
—On me doit encor vendémiaire.
—Moi, je crains beaucoup pour brumaire.
TOUS:—Cela doit-il durer long-temps?
LE RÉGISSEUR:—Jouez toujours, mes chers enfants.
Les Bons Gendarmes, qui ont valu tant de succès à Odry, avaient été composés par Michot dans un temps où l'on ne parlait point encore d'Odry, mais celui-ci a le mérite d'en avoir tiré un immense parti, il faut lui rendre cette justice. Michot ne les avait composés que pour les plaisirs du foyer.
Lorsque je revins de l'étranger, en 1813, Michot était devenu riche, mais il n'était plus aimable. Ce n'était plus cette vie d'artiste, rieuse et insouciante; ce n'était plus Michot que j'avais connu en 90. Il avait quitté cette jolie Sophie! c'était un propriétaire! c'était le seigneur de Verrières!
Volanges était un de ces acteurs de genre pour lesquels on compose des ouvrages et qui les font presque toujours réussir. Ils finissent même souvent par acquérir une immense vogue, comme nous l'avons vu depuis, et comme nous le voyons encore. Volanges était célèbre dans les Vieux Procureurs, appelés Jérôme-Pointu[53] auxquels il avait donné un caractère particulier. Son changement de physionomie annonçait une grande mobilité; il jouait toute la famille des Pointus à lui seul. Il avait une telle facilité, une telle promptitude dans ses travestissements, qu'il sortait par un côté du théâtre et rentrait presqu'aussitôt par l'autre: c'est lui qui a commencé ce genre de pièces que l'on a tant imité depuis.
Sa vogue fut si grande, son talent tant admiré, qu'on le crut capable de réussir dans tous les genres. Alors une plus grande scène que celle où il brillait lui ouvrit ses portes: ce fut le théâtre Favart; on y jouait la comédie à cette époque. Il y avait de fort bons acteurs, et ils exploitaient particulièrement le répertoire de Marivaux. Ils voulurent avoir l'acteur à la mode; car, alors comme à présent, on se persuadait que, lorsqu'on a montré un grand talent dans un genre, on doit réussir dans tous. L'expérience tant de fois renouvelée n'a pu convaincre encore qu'à Paris surtout, en changeant de cadre, je dirai même de quartier, par conséquent de public, l'on perd tous ses avantages. C'est ce que nous avons vu pour d'excellents acteurs de vaudeville, et que l'on vit alors pour Volanges. La foule, qui s'était portée à son premier début, diminua bientôt à ceux qui suivirent, et ensuite on n'en parla plus; il fut trop heureux de revenir à son genre, et alla l'exploiter en province et à l'étranger.
Quant à Bordier, il aurait peut-être réussi dans les rôles comiques, au nouveau théâtre de la rue de Richelieu, car il avait un talent naturel comme celui de Michot, mais il était plus général. La manière dont il a joué dans les pièces de Dumaniant, pièces qui n'étaient pas du bas comique et qui se rapprochaient déjà de la bonne comédie, a prouvé qu'il eût été bien dans ce genre.