«On parle du sacre de l'empereur d'Allemagne, ce qui ne peut manquer d'attirer les étrangers à Tournay et à Lille; cela rendra ces deux villes très brillantes. Je comptais trouver ici lady Montaigue. Vous savez combien cette famille a toujours été parfaite pour moi; ils habitent maintenant Boulogne-sur-Mer, où l'on est plus tranquille qu'a Lille, qui est une ville de garnison. Ils avaient chargé leur beau-frère, le colonel Fenwick, de me conduire près d'eux: je ne le puis dans ce moment, et j'en éprouve un véritable regret. Adieu…

«Louise Fusil.»

À la même.

Mai 1791.

«Je suis bien fâchée d'avoir quitté Paris et de ne pouvoir aller à Boulogne. Tout est ici dans la rumeur et dans le trouble depuis l'arrestation du roi à Varennes. Cet événement a jeté la consternation parmi les militaires; presque tous les officiers émigrent. La route de Tournay est encore libre, mais on s'attend que d'un jour à l'autre il y aura des mesures prises à ce sujet. Les défenses les plus sévères sont déjà faites relativement à l'exportation de l'argent; on parle aussi de changer les drapeaux des régiments. Cette crainte cause une grande fermentation dans la ville. Je ne sais, mais je prévois quelque chose d'affreux, d'après ce que j'entends de tous côtés. Je suis fort triste, et j'ai peur de vous faire partager ma mélancolie. Quel malheureux temps! toujours des tourments pour soi ou pour les autres, ce qui est plus fâcheux encore. Un auteur de maximes a dit:

«Le chagrin que l'on supporte le plus facilement c'est celui d'autrui.»

«Je ne suis pas de cet avis, car c'est celui que je supporte le moins. À bientôt, je vous compterai les choses à mesure qu'elles arriveront: ça me sera une distraction agréable de parler à quelqu'un qui me comprend si bien. Il y a tant de gens qui n'entendent qu'avec les oreilles! le langage du coeur est pour eux une langue étrangère qu'ils ne savent pas traduire. Quel dommage de se parler d'aussi loin!

«L. F.»

À la même.

Mai 1791.