Il était temps, en effet, car à peine ce chef vendéen avait-il disparu, que les troupes républicaines arrivèrent.
C'est M. d'Autichamp qui a raconté cette circonstance. Fusil n'en avait jamais parlé, pas même à moi.
Dans ce même temps, où l'on incendiait tout ce pays, il trouva un pauvre enfant abandonné au pied d'un arbre, près d'un village en flammes. Il le prit sous son manteau, le porta dans la ville de Chollet, et fit aussitôt chercher une nourrice, car son intention était de me l'envoyer à Paris; mais la femme du général lui ayant demandé avec instance cet enfant, Fusil pensa qu'il serait plus heureux avec elle, et consentit à le lui laisser.
Par une destinée bizarre, il avait arraché un petit garçon des flammes; vingt ans plus tard j'ai trouvé une petite fille au milieu des neiges, et je l'ai sauvée. Tristes épisodes des guerres!…
III
La terreur.—Visites domiciliaires.—La romance du Pauvre Jacques.—On joue au tribunal révolutionnaire.—Le président Bonhomme.—Réunion des proscrits chez Talma.—Marchenna.—Un mot de Riouffe.—La fête de l'Être-Suprême.—Dîner patriotique devant les portes.—Épicharis et Néron, tragédie de Legouvé.—Allusions à Robespierre.—Après le 9 thermidor.—Talma amoureux.
Le temps qui précéda la fête de l'Être-Suprême fut celui des plus monstrueuses extravagances. On serait tenté de croire qu'un esprit de vertige s'empare quelquefois des hommes; privés de religion, ils furent sur le point de diviniser Lepelletier et Marat. L'hymne des Marseillais était devenue la prière du soir; à la dernière strophe, Amour sacré de la patrie, on criait: «À genoux!» et il eût été dangereux de ne pas se conformer à cet ordre. Les chants peignent les époques. Je me rappelle un couplet chanté dans une pièce du Vaudeville où l'on inaugurait les bustes de Marat et de Lepelletier. Le voici:
Ces martyrs de la Liberté,
Patriotes sincères,
Chez l'ami de l'égalité,
Sont des dieux qu'on révère.
Mais les modérés doucereux,
Les aristocrates peureux,
Sans les aimer, les ont chez eux,
Comme un paratonnerre.
C'est dans ce même temps qu'on faisait des visites domiciliaires. Un détachement du comité révolutionnaire de la section, se trouvant de service pour une de ces visites, chez mademoiselle Arnould, aperçut le buste de Marat coiffé d'un turban.
«Tiens, t'as Marat, t'es donc une bonne patriote, toi?»