Il me conduisit dans une grande chambre où toute la famille était rassemblée. Cette belle ferme me rappelait nos opéras-comiques, surtout les Trois Fermiers, de Monvel.

Une jeune femme bien fraîche allaitait son enfant: c'était la bru. Une vieille mère, deux jeunes filles, un grand garçon et plusieurs petits enfants, composaient cette belle famille. Il y avait dans tout cela un air de propreté, d'aisance, qui faisait plaisir à voir. Le vieux père était du Languedoc; il me parla le patois de Toulouse, que j'avais habitée quelque temps.

Nous en revînmes aux difficultés du voyage, à la peine que l'on avait de se procurer les choses les plus simples, et nous demandâmes comment nous pourrions faire pour les acheter.

—Nous ne vendons rien, répondit le fermier, mais si madame veut nous jouer un petit air de c'te machine que j'ai vue dans la voiture: je ne sais pas comment vous appelez ça.

—Une guitare.

—Une guitare, soit. Eh ben, jouez-nous-en un petit brin, et j'vous donnerons des provisions pour votre voyage.

Mon compagnon, enchanté de cette représentation à notre bénéfice, courut vite chercher l'instrument[9].

Je leur chantai ce qui me vint à l'esprit de chansonnettes villageoises:

Sans un petit brin d'amour,
On s'ennuierait même à la cour.

Cela les égaya fort, et me fit penser à la chanson du Misanthrope: