—Ah! Dieu sait quand elle viendra, me dit-elle.
—J'attendrai, lui répondis-je.
—Je ne puis vous donner de chambre à présent, car il n'y en a qu'une de libre, et le voyageur qui l'occupe ne part qu'après le souper; il est maintenant au spectacle.
—Il m'est cependant impossible de rester dans la salle à manger.
Elle m'ouvrit une pièce qui donnait sur cette salle.
—Veuillez, lui dis-je, m'envoyer de l'encre, du papier et de la lumière.
Cette dame avait l'air de mauvaise humeur et elle était assez peu polie; mais, en voyage, il faut prendre le temps comme il vient.
En attendant qu'on m'apportât de la lumière, ne sachant que faire, je pris ma guitare et me mis à fredonner et à essayer un accompagnement. Insensiblement, et sans même m'en apercevoir, je finis par chanter, mais à demi-voix. En me retournant, je crus voir de la lumière à travers les fentes de la porte; je me levai pour l'ouvrir, et je trouvai ma peu gracieuse hôtesse qui m'écoutait.
—Ah! pardonnez-moi, madame, me dit-elle, mais je craignais de vous interrompre, et j'avais tant de plaisir à vous entendre, que je serais restée là une heure.
De ce moment, elle me traita avec une politesse extrême, et ce fut bien autre chose lorsque l'on vit dessus mes caisses: «ARTISTE VENANT DE PARIS ET ALLANT À BORDEAUX.» À cette époque, le théâtre de cette ville était un des meilleurs de la province.