Une dame ayant engagé M. de Rostopschin à écrire ses Mémoires, car ils ne pouvaient manquer d'avoir un grand intérêt pour le public, il arriva quelques jours après un petit manuscrit à la main.

—Je me suis conformé à vos ordres, lui dit-il; j'ai rédigé mes
Mémoires: les voici avec la dédicace.

Mémoires du comte de Rostopschin, écrits par lui-même.

I.

«En 1765, le 12 de mars, je sortis des ténèbres pour être au grand jour. On me mesura, on me pesa, on me baptisa. Je naquis sans savoir pourquoi, et mes parents remercièrent le ciel sans savoir de quoi.»

II.—Mon éducation.

«On m'apprit toutes sortes de choses et toute espèce de langues. À force d'être impudent et charlatan, je passais quelquefois pour un savant. Ma tête est devenue une bibliothèque brouillée dont j'ai gardé la clef.»

III. Mes souffrances.

«Je fus tourmenté par les maîtres, par les tailleurs qui me faisaient des habits étroits, par les femmes, par l'ambition, par l'amour-propre, par les regrets inutiles, par les souverains et les souvenirs.»

IV.—Privations.