Dans le tourbillon de cette course, racontée publiquement en détail, le petit avait dû tout oublier, tout pardonner. Quel tournant dans sa vie, et comme il prenait bien sa revanche!
«Laurent, mon chéri, mon fils à moi...»
Elle avait osé lui écrire, certes! Et, dans cette lettre, tout ce qu’elle n’avait pu lui dire depuis plus de quatre ans s’exhalait enfin, au courant de sa plume exaltée. «Viens vite! Nous t’attendons tous. Je fais faire des travaux au château pour ta réception. Ce sera, enfin, le plus beau jour de ma vie...»
Les deux journées qu’elle passa dans l’attente furent tout enivrées. Le printemps avait l’air de pavoiser pour fêter l’enfant, les oiseaux semblaient chanter pour le glorifier. Mᵐᵉ de Bonnevie connut, ces deux jours-là, le bonheur des mères antiques, quand leurs fils revenaient des jeux, couronnés et suivis par les acclamations.
La nuit, elle ne pouvait dormir, étonnée que la joie la tînt éveillée, au lieu de l’ordinaire chagrin.
Le troisième jour, levée avec l’aube, elle commença de tendre l’oreille. «Je suis sûre que c’est aujourd’hui qu’il va venir!... Heureusement que tout est prêt pour le recevoir!»
Les scintillements du petit matin roulé dans la rosée, les profondeurs du parc, la nage des cygnes sur la pièce d’eau, le gonflement des nuages blancs dans le bleu du beau temps, elle contemplait tout cela, debout derrière sa fenêtre repeinte, seule vivante du château dormant. Elle contemplait cela comme un rêveur, elle qui, jamais, ne s’était attardée aux beautés de la terre.
Elle entendit les servantes descendre, la vie recommencer.
«Tout à l’heure, ce sera l’auto que j’entendrai! Que ce sera beau de l’écouter venir du fond du parc, si vite, si vite que j’aurai juste le temps de descendre en courant!»
Trois coups à la porte.