Après avoir pris cette détermination qu’elle savait inébranlable, Mᵐᵉ Carmin se sentit l’âme comme assainie.
Partir!
Pour ne se donner pas le temps de s’appesantir sur des pensées profondément amères, elle se mit tout de suite à l’œuvre et passa le reste de la journée à ranger ses papiers.
Jacques de Bonnevie, consterné, restait près d’elle, la suppliant de renoncer à son projet. Mais elle ne l’écoutait même pas.
Quand ils eurent dîné tous deux, elle passa dans le petit salon pour y commencer la correspondance que comportait son départ. Son frère l’avait suivie, la tête basse.
—Et moi?... répétait-il, et moi?... Qu’est-ce que je deviens, dans tout ça?... Et l’abbé?... Ce n’est pas possible que tu nous lâches comme ça, voyons!...
Absorbée, elle écrivait, sans lui répondre, sans le regarder.
—Alors, bonsoir!... dit-il enfin. Je vais me coucher.
—Jacques, répondit-elle d’un air singulier, je te demande, au contraire, de rester près de moi...
Il ne comprit pas. Il ne pouvait pas deviner qu’elle avait peur, peur de son fils-nocturne.