—Laurent!... sanglota Mᵐᵉ de Bonnevie, c’est moi, ta maman... Tu es blessé, mon chéri!... Tu veux bien que je te soigne, dis?...
Il la toisa d’un regard tel qu’elle recula. L’abbé Lost s’était approché.
—Laurent!... Tu me reconnais bien, n’est-ce pas?...
—F...-moi la paix, tous!... vociféra-t-il en essayant des bonds sous les mains qui le maintenaient. Ce n’est pas vous tous que je veux! C’est Fifi que je veux! Où est-elle, la charogne?... Pourquoi n’est-elle pas là?... Je la veux, vous entendez?... Je ne veux qu’elle! Elle toute seule!...
Et comme, frappée à mort, se laissant tomber assise sur une chaise, la mère songea, les dents serrées: «Il l’aime!»
—Allez chercher cette fille!... ordonna le médecin. Il va se faire mourir, s’il continue à s’agiter!
Ce fut silencieusement et comme écrasée de honte qu’elle entra dans ce château, dans ce salon familial, elle, la fille du ruisseau, que la présence du prêtre obligeait à courber la tête. Elle s’était rajustée de son mieux, avait tordu ses cheveux teints, lourdement, sur sa nuque. Et sa robe décolletée et mouillée de vin et de sang, son parfum vicieux, son fard, scandalisaient les fauteuils de tapisserie criarde, ouvrage lent des heures provinciales, exécuté par des mains dévotes.
—C’est toi, Fifi?...
Presque bas, elle répondit:
—C’est moi, Laurent.