—Ecoute, Laurent! Je veux que tu comprennes enfin quelle tendresse j’ai pour toi. Puisque tu aimes tant ta compagne...

Elle ravala péniblement le sanglot de son amour maternel et de son orgueil d’honnête femme, à jamais humiliés.

—Puisque tu aimes tant ta compagne, eh bien! moi, ta mère, je te donne mon consentement. Cela peut se faire ici, tout de suite, étant donné ton état... Voilà! Epouse-la, Laurent! Et je l’aimerai bien à cause de toi.

Elle était plus pâle que le mourant. Les yeux fermés, appuyée au mur, elle attendit le mot qu’il allait dire; le mot qu’il ne pouvait pas ne pas dire pour reconnaître le sacrifice suprême qu’elle lui faisait.

La fille, à genoux, les mains sur les yeux, s’était mise à pleurer.

Laurent avait tourné brusquement la tête. Il regarda sa mère. Du fond des mystères de la mémoire, du fond de son enfance déjà lointaine, dédaigneusement, impérialement, sur le ton même qu’avait eu jadis l’oncle Jacques, lors de la scène au pavillon:

—Un Carmine Buonavita, dit-il, n’épouse pas une catin!

*
* *

Il mourut au crépuscule, après une agonie violente comme toute sa courte existence.

Enfin calme et pour toujours, visage admirable sculpté par la mort, front étrange de faune, mains croisées sur un chapelet ironique, on eût dit qu’il allait, d’un instant à l’autre, se redresser pour quelque flot d’insultes, pour quelque geste d’énergumène.