—Ohé! Laurent!... crièrent-ils, où qu’il est ton cvâ?

—Est-y qu’ tu veux t’ mettre curé?... fit une autre voix, depuis qu’ t’en es descendu?

—T’avais l’air de vouloir nous épotir, dit un troisième, mais te v’là l’ cul par terre, comme nous autres, à c’t’ heure!

Et, comme il se précipitait sur eux, les poings levés, ce fut une bataille poussiéreuse dans le doux soleil de fin septembre.

Quatre enfants étant enfin parvenus à le maintenir avec peine, le cinquième s’avança sur lui. Pâle, décoiffé, saignant au nez, Laurent vit ce que tenait celui-là dans sa main levée: un casse-tête mince et flexible, avec ses deux boules aux extrémités, sa lanière passée au poignet.

—Dis seulement un mot!... menaça le garçon, et je te démolis, vilain modèle!

Mais l’on voyait bien que jamais il n’oserait frapper, car, malgré tout leur mauvais esprit, ces petits n’avaient rien en eux qui ressemblât à la férocité de l’autre.

D’un coup de reins inattendu, Laurent venait de se dégager. Il s’était jeté sur son agresseur. Tous deux roulèrent à terre.

—Donne ton casse-tête!... criait Laurent. Je le veux! Je le veux!

Un casse-tête!... Rien au monde ne lui semblait plus beau, plus désirable. Avait-il vraiment pu s’amuser d’un canif! Son envie était telle qu’il retrouvait une force inouïe non seulement pour repousser les quatre autres rués sur lui, mais encore pour tordre le bras qui tenait l’arme convoitée. Il voulait ce casse-tête. Donc, ce casse-tête était à lui. Plus rien d’autre n’existait momentanément sur la terre.