Mais pas un mot ne sortait des larges lèvres rouges. Laurent regardait son assiette.
Il était là, vivant, sain, il était là! Oh! l’embrasser, le serrer contre elle, le couvrir de caresses et de larmes!
—Laurent! articula-t-elle de sa voix la plus sèche, fais-moi le plaisir de monter et de te coucher immédiatement, veux-tu!... Ce soir tu n’auras même pas de pain sec pour ton dîner.
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* *
Il dormait. Son petit visage volontaire était enfoui dans son bras replié. Ses paupières hermétiques, avec leurs longs cils noirs, son nez enfantin, sa grosse bouche entr’ouverte, ses joues, ses belles joues rondes, et le paquet de boucles noires qui roulaient sur son front bossué, tout cela palpitait doucement, au rythme de son souffle régulier.
Entrée avec précaution dans le cabinet où il couchait à présent, Mᵐᵉ Carmin, avant de se déshabiller, était venue le voir, une bougie à la main.
De grandes ombres remuaient sur les boiseries du mur. Le lit était tout blanc, l’enfant tout brun. Longtemps, la mère contempla son fils. Toutes ses angoisses se résumaient en un seul mot: «Est-il possible!»
Ses dents mordaient nerveusement sa bouche amère. C’en était fait, maintenant. Elle en avait peur.
Comme pour ne pas laisser une telle pensée pénétrer en elle, elle fit un geste que répéta l’ombre gigantesque du mur, un geste qui semblait chasser des fantômes. Alors, elle posa doucement sa bougie sur la commode, et, dans la lumière singulière de ce réduit, marchant à pas de loup, elle s’approcha plus près du petit lit.
Elle se souvenait d’un soir, où, penchée de la même façon, elle avait embrassé son enfant endormi. Mais il s’était éveillé dès le premier frôlement et l’avait griffée cruellement au visage, petit animal sauvage qui ne peut souffrir qu’on le touche.