Elle revenait de sa course épouvantable et longue. Il était presque midi. Laurent n’était toujours pas là.
Le médecin avait fait craindre de très mauvaises suites pour ce coup reçu par le petit Benjamin. L’enfant, en tous cas, resterait borgne. Au docteur, on avait raconté comme quoi grimpant un talus, il avait reçu des pierres sur la tête. Mais l’histoire véridique, sourdement, courait déjà tout le village. Mᵐᵉ Carmin, en rentrant, avait bien vu comment les gens la regardaient. Elle sentait le château tout entouré de murmures.
Oubliant de se mettre à table, elle écrivit rapidement deux mots, un pour son frère, un pour le curé, puis se mit à les attendre, en marchant de long en large dans la salle.
Elle était, maintenant, obligée de les mettre au courant, de leur demander secours, de les constituer conseil de famille. Il ne lui était plus possible de rester seule avec sa responsabilité. Son orgueil ne souffrait pas encore. Elle vivait une de ces minutes où les sentiments ordinaires sont dépassés.
Des obscurités ne parvenaient pas à s’éclaircir dans son esprit. Le petit Benjamin ne devait pas dire toute la vérité.
«Je sais bien que Laurent est d’une violence effroyable. Mais, enfin, il ne l’aurait pas arrangé comme ça sans motif!»
Une autre question la harcelait: «Avec quoi donc l’a-t-il frappé pour lui faire une blessure pareille?»
Jacques de Bonnevie et l’abbé Lost venaient à peine d’entrer, visages étonnés, inquiets, venaient à peine d’expliquer qu’ils n’avaient pas fini leur déjeuner pour accourir plus vite, que Clémentine, une fois de plus, parut à la porte de la salle.
—Madame, ce sont trois enfants qui veulent parler à Madame, parce qu’ils disent qu’ils savent des choses...
—Mais qu’est-ce qui se passe?... s’exclama l’oncle Jacques.