Chaque jour, son regard changea, son humeur aussi. Le personnel respira mieux. L’oncle Jacques monta se coucher plus tard.

En avril, elle fit atteler deux ou trois fois pour aller à la ville. En traversant le parc où jamais elle ne se promenait, et le long des routes boueuses qui se mettaient en fleurs, elle s’étonnait d’être attendrie par le printemps. Les cerisiers blancs secouaient du miracle dans les prés. Les premiers pommiers se disposaient à éclater, explosion de pétales, branches sans feuilles, bois mort qui ne fait que des fleurs, comme après le passage d’une fée.

Printemps, printemps, ô première communion de la Normandie!

Madame,

La première communion de nos enfants est fixée au 5 mai. Comme nous vous l’avions promis, nous vous convions à vous trouver, ce jour-là, présente à la cérémonie, qui aura lieu dans notre chapelle, suivie d’une procession dans nos jardins. Pour ne pas troubler votre fils dans sa retraite préparatoire, nous ne lui avons pas annoncé votre venue. Il ne saura que vous êtes là qu’une fois les offices du matin terminés. Tel est le désir du Principal. Mais vous aurez le loisir de le voir après le premier déjeuner, puis entre les exercices de l’après-midi.

Veuillez croire, Madame, à nos sentiments distingués, à notre dévouement.

Le silence et la distance agissent comme la mort. Ils entourent les absents d’un nimbe. Privée de détails, Mᵐᵉ Carmin voyait en songe un enfant méconnaissable, presque pareil à son idéal, bien élevé, sage, pieux, appliqué, vrai Carmin de Bonnevie qui continuerait la tradition des siens.

«Je vais sans doute pouvoir le ramener!...» se disait-elle. Et l’espoir joyeux dans lequel elle vécut pendant quelques semaines lui fit un teint presque clair et des joues presque pleines.

Enfin, le jour vint de prendre ces trains compliqués qui devaient tortueusement la conduire près de son fils.

Elle emportait, cadeaux achetés à la ville, un chapelet de nacre et une montre d’or. Elle emportait aussi bonbons et gâteaux.