L’âme des mères est une âme de grande amoureuse. Mᵐᵉ de Bonnevie, illuminée, s’en allait vers une ineffable fête.

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Quelques messieurs aux yeux baissés la reçurent au seuil des jardins. Il faisait beau. Entre les bordures de buis taillé, des fleurs; aux marronniers proprement alignés, des fleurs. Tout un parfum dans l’air du matin, toute une assemblée autour des pelouses carrées et restreintes. La chapelle trop petite dégorgeait sa foule. On apercevait, au bout de l’allée, la porte grande ouverte, et les cent étoiles des cierges scintillaient sur fond d’ombre.

—On vous à gardé votre place, Madame... Nos enfants sont déjà dans la chapelle. Si vous voulez bien me suivre...

Elle suivit, avec un petit tremblement. Elle eût voulu tout voir et tout comprendre d’un seul coup. Elle se sentait, d’ailleurs, bien impressionnée par ces jardins. Les barrières, grandes ouvertes pour la procession, laissaient circuler la foule. Mᵐᵉ Carmin devinait des parents venus comme elle pour assister presque en étrangers à la première communion de leurs fils, mauvais garnements comme Laurent. Elle se sentit moins isolée dans ses déboires maternels.

Quand elle fut en haut, dans l’une des tribunes qui dominaient la nef et le chœur, et qui se remplissaient lentement, ses yeux avides cherchèrent, dans la quinzaine de têtes rondes qui se pressaient en bas, celle de son enfant à elle.

Les brassards blancs faisaient des taches régulières dans le bleu sombre des uniformes, les cierges que tenaient les premiers communiants formaient une constellation au-dessus de leurs têtes.

«Je vais bien le trouver! Je vais bien reconnaître ses boucles noires!»

Mais elle dut enfin se pencher vers celui qui l’avait accompagnée.

—Cherchez au cinquième rang, répondit-il. C’est le huitième en partant de droite.