Tombée dans son fauteuil de tapisserie, Mᵐᵉ Carmin pleura longtemps, la tête dans ses mains. L’oncle Jacques, debout, ne voyait que son chapeau, qui remuait par petites saccades. Il ne savait que dire ni que faire, rien ne l’ayant habitué jamais aux gestes de la tendresse. Simplement il hochait la tête en répétant: «Voyons!... Voyons!...» Et sa rancune contre Laurent grandissait encore, car il savait bien que tout cela venait, naturellement, de cet enfant épouvantable.
Quand elle se fut un peu calmée, qu’elle eut retiré son chapeau tout en approchant ses pieds de la flamme, elle commença de raconter son voyage. Et, tout d’abord, la vanité maternelle la redressa, face au sourd ennemi de son fils.
—Tu sais, il travaille très bien! Ces messieurs sont absolument édifiés. Ils ne savent que faire pour le récompenser!
Devant ce triomphe inattendu, l’autre pinçait les lèvres.
—Mais, alors, tout va bien! Pourquoi pleures-tu?
—C’est que je croyais le ramener... dit-elle.
Là-dessus, son cœur gros, une fois de plus, creva.
—Mais, alors, qu’est-ce qu’il y a?... demanda Jacques de Bonnevie. Est-ce qu’il est malade?...
—Non... Non... sanglota-t-elle, il va très bien.
Et, tout en détournant sa pauvre figure, déformée par la lippe du chagrin, elle se mit à fouiller dans son grand sac de soie noire, maladroitement, gênée par ses larmes.