Grand, voûté, crasseux, mal habillé, l’air d’un pauvre, l’oncle Jacques considérait son neveu.
—Qu’est-ce que tu fais là?...
Il avait, comme eux tous, un rien d’accent normand, cette manière très atténuée que, chez nous, les gens distingués ont de chanter comme les paysans, ce qui, du reste, n’est pas sans charme.
Le petit Laurent releva son menton volontaire. Ses yeux pleins d’éclats regardèrent de bas en haut le grand type sans méchanceté qui ne le gronderait pas.
—Ben, tu vois bien, répondit-il, je massacre les arbres...
Un rêve couva dans les yeux doux de l’oncle. Depuis longtemps, il soupirait aussi, lui, comme sa sœur, au sujet de l’enfant. Ce diable ne ressemblait en rien au neveu qu’il eût souhaité, studieux et sage disciple auquel il eût inculqué l’amour de l’histoire, qu’il eût initié lentement à ses recherches sur l’origine de leur maison.
—Ce n’est pas beau d’abîmer les arbres... prononça-t-il. Et puis, qu’est-ce que tu fais à cette heure-ci dehors? Tu devrais être à ta salle d’études.
Une fois de plus, il soupira:
—Si tu voulais, Laurent, je t’apprendrais, moi... Et sans t’ennuyer, tu sais?
Une petite émotion lui fit avancer sa main, gentiment, comme pour mieux persuader par quelque caresse.