—Laurent Buonavita?... tressaillit-elle, pourquoi l’appelles-tu Laurent?

—Mais, répondit-il, parce que Laurent et Lorenzo c’est le même nom!

Elle lui jeta furtivement un regard étrange. Et, penchée sur les deux portraits:

—C’est pourtant vrai! Voilà bien son front, son front auquel on ne comprend rien!

Béants, ils se dévisagèrent parmi le vert clair-obscur que leur renvoyait l’abat-jour trop bas.

Est-ce que, pendant quinze ans, Jacques de Bonnevie, sans même y croire, poussé par on ne savait quel mystérieux génie, avait travaillé, moqué de tous, à découvrir la vérité?

Le vieux garçon s’essuya le front. En cette minute suprême il croyait déchiffrer toutes les énigmes: son acharnement, sa foi malgré son propre doute, et aussi des petits et des grands signes auxquels il n’avait pas su prêter attention. Il revit son neveu dans le parc, enfonçant la lame de son canif dans les arbres; il le revit saccageant les papiers dans son cabinet; il le revit à cheval, la figure ensanglantée et riant; il entendit les histoires de rapines racontées par les galopins du village; il s’expliqua le casse-tête, le petit Quesnot éborgné, tout ce qu’ensuite avait raconté la lettre des Jésuites...

Il y eut de l’épouvante et du triomphe dans le grand cri qu’il poussa:

—C’est un condottiere!

Sa sœur fit un geste pour lui mettre la main sur la bouche: