—Rien ne m’étonne, souffla-t-il, maintenant!

Alors, une sorte de lyrisme l’anima.

—Des Italiens, nous!... Toi!... Moi!... Nos parents!... Nos grands-parents!... Nous, ces braves Normands encroûtés!... Mais qu’est-ce qui dormait donc derrière notre bourgeoisisme de hobereaux tranquilles? Enfin!... Tu n’es pas passionnée, toi!... Tu n’as pas l’air!... Et moi!... Et tous les nôtres!... Pourquoi faut-il que ce petit... Qui sait?... C’est peut-être ce mariage entre cousins qui a refait tout d’un coup le sang oublié du grand passé, qui a refait un héros!

—Un héros!... répéta-t-elle amèrement.

—Oui, un héros!... s’emporta-t-il. Cet enfant-là, mais à une autre époque que la pauvre nôtre, il aurait été chef, un grand chef! Il avait tout: la violence, la fierté, le courage, l’autorité, la volonté, l’orgueil. Il était beau, sain, dominateur. Il était né pour la gloire! Et voilà: dévoyé dans un temps qui n’est pas le sien, il finit ou plutôt commence dans une maison de correction!... Pauvre petit!

Elle fit entendre un rire désespéré.

—Ah! tu le plains, maintenant!

—Oui, je le plains! Car ce n’est pas un vrai vivant. C’est un réapparu!

Ils s’étaient tournés tous deux du côté de la cheminée. Le feu qui baissait faisait passer par instants des ombres et des lumières sur leurs deux faces profondément altérées. Un silence, encore une fois, les laissa plongés dans les rêves. Alors, lentement, Jacques de Bonnevie, penché vers sa sœur, articula tout bas, avec une espèce de curiosité terrifiée:

—Alice... Alice, dis?... Qu’est-ce que c’est... qu’est-ce que c’est donc que cet enfant que tu as fait là?...