Jacques de Bonnevie était fier de son petit condottiere comme s’il l’eût forgé de ses propres mains, comme si, d’entre ses paperasses de vieux maniaque, le deuxième Lorenzo Buonavita fût sorti tout vivant, comme si, secouant ses livres, l’historien eût vu tomber d’entre les pages, en chair et en os, son personnage, comme si, l’ayant pendant quinze ans appelé du fond des Légendes, l’autre eût soudainement répondu: «Me voici!»
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L’abbé Lost et son église furent le grand refuge de la mère douloureuse pendant les longs mois qui vinrent, pleins de privation maternelle, d’angoisse et d’anxiété.
Les lettres régulières de l’institution répétaient toutes la même chose. Laurent ne modifiait en rien l’attitude qu’il avait prise. Son cœur continuait à ne pas s’ouvrir. Mais il travaillait. Que pouvait-on demander de plus?
—Tant qu’il ne m’écrira pas lui-même, sanglotait Mᵐᵉ de Bonnevie, je serai plus malheureuse que si je l’avais perdu!
—Suivez pieusement les chemins de votre calvaire... disait l’abbé.
Les neuvaines se succédaient, et aussi les dons pour les pauvres de la paroisse. Ces sacrifices d’argent coûtaient tant à la regardante châtelaine qui lui semblait devoir en être récompensée à la fin.
Son visage se transforma, vieillit. Son austérité devint presque ascétique.
—Depuis qu’ son gas est dans les collèges, disaient les gens du pays, Mâme Carmin n’en gagne pas, marchez! On dirait bientôt d’un crucifix de campagne!
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