Elle ne s’élança que quand elle le vit descendre de la victoria. Changée en pierre, elle l’attendit.

Il monta les marches, suivi de l’oncle et de l’abbé. Il avait bien vu sa mère, mais il ne se pressa pas.

Quand il fut devant elle, il ôta son chapeau, baissa les veux et ne fit pas d’autre geste.

—Bonjour, maman...

Un frisson parcourut la mère. Ce n’était plus la voix haute, encore entendue lors de la dernière entrevue. C’était une voix de quatorze ans, en plaine mue déjà, rauque, déséquilibrée.

Elle l’embrassa sur les deux joues, nerveusement, sans plaisir. Comme il était grand! Toujours gras, les paupières bouffies, les yeux rapetissés. Mais on avait laissé repousser ses cheveux, qui recommençaient leurs grosses boucles noires sur le front. Et, de les reconnaître, elle eut si grande envie de pleurer qu’elle détourna la tête.

Il y eut un mouvement qui poussa tout le monde dans la salle à manger. Là, l’enthousiasme de Jacques de Bonnevie éclata.

—Mais regarde-le donc! Est-il assez admirable avec ses belles mâchoires, ses grands sourcils, ses yeux de capitaine, ses cheveux sculptés comme un bronze de la Renaissance!

Il releva les boucles d’un revers de main, et, regardant fixement sa sœur:

—Et son front?... Hein, son front? Tu le vois?...