Ils marchèrent tous trois le long des allées parfumées aux roses, sous les verdures tachées de soleil et tremblantes, entre lesquelles la grande pelouse apparaissait toujours, avec ses deux cygnes sur l’eau.
—Tu vois!... disait l’oncle Jacques, on à repeint leur cabane en ton honneur!... Tu vois, on a mis des fleurs aux plates-bandes!... Tout ça c’est pour toi, mon garçon! Dis un peu si l’on n’est pas heureux de te revoir!
Mais la mère, elle, ne prononçait pas un mot.
Elle ne parla que dans la cour où sont les écuries et la remise. On eût dit, en vérité, que tout son cœur se donnait dans ces mots, articulés avec une émotion inouïe:
—Tiens, Laurent, regarde! Cette belle bicyclette toute neuve, c’est pour toi!... Tiens, regarde encore! Ce joli cheval-là, c’est ton cheval! Tu as bien mérité de belles vacances! Tu auras tout ce que tu veux!
Il avait ouvert grandes ses étincelantes prunelles pour regarder les merveilles. Une sorte de frémissement le secoua, qui sembla ressusciter son âme et son corps, engourdis pendant deux ans dans l’hypocrite prison de la «maison d’amélioration». Il se tourna tout entier vers sa mère tremblante, l’écrasa d’un coup d’œil impérieux et sombre. Et, lentement, il prononça, de sa rauque voix adolescente:
—Ce n’est pas tout ça que je veux, maintenant. C’est une auto.
XII
LE SCANDALE
Depuis deux heures, elle cherchait en silence les raisons qu’elle donnerait à son refus.
Laurent, remonté dans sa chambre, défaisait sa malle. L’oncle Jacques était retourné chez lui.