Commencer ce premier dîner en tête-à-tête, après deux ans d’absence, par des contestations, que c’était triste! Elle avait pensé tout prévoir, elle avait cru faire de son mieux, et voici, cruelle déception, que l’enfant n’était pas encore satisfait. «Une auto!... se disait-elle, épouvantée. D’abord, c’est la ruine définitive; ensuite, c’est l’absence perpétuelle et sans contrôle. Où ira-t-il avec ça?... Enfin, c’est la menace constante de l’accident. Je le croirai toujours tué. Je ne vivrai plus!»

Elle ne pouvait pas lui dire ces trois choses, craignant de l’indisposer encore contre elle. Elle chercha longtemps. Il n’était plus possible, à présent, de le traiter comme un enfant. Il était le maître à la maison, maître redoutable qui faisait tout trembler autour de lui.

Au moment de descendre à la salle à manger, elle trouva subitement. Et quand ils furent assis face à face, Laurent, muet, regardant son assiette:

—Ecoute... commença-t-elle d’une pauvre voix entrecoupée, j’ai réfléchi à ce que tu m’as dit tantôt. Moi, je ne demanderais pas mieux que de te donner une auto, mais tu sais bien que tu ne peux obtenir ton brevet de chauffeur qu’à partir de seize ans... Alors... si... si tu veux bien attendre jusque-là... je... eh! bien!... je te promets que tu auras ce que tu désires. Je m’y engage formellement.

Comme il ne relevait pas la tête, elle murmura, de même qu’autrefois, lors de leur premier pacte:

—Est-ce entendu, Laurent?

Il ne la regarda pas.

—Bien, maman... répondit-il.

Et ce fut tout.

Elle le dévorait des yeux, penchée. Que pensait-il? Lui en voulait-il de ce qu’elle venait de dire? Songeait-il à quelque vengeance? Comme elle eût préféré les violences de jadis à ce calme glacial qui lui faisait froid au cœur!