Elle essaya de parler d’autre chose, de lui raconter les petits événements du village. Mais elle n’en tira plus un seul mot, et le silence tomba, qui dura jusqu’à la fin du dîner.
Quand ils se levèrent de table, suivis des yeux par la servante ahurie:
—Bonsoir, maman...
—Tu montes déjà?... s’écria-t-elle douloureusement. Tu ne veux pas venir au petit salon avec moi?... Il y a si longtemps que je ne t’ai vu, Laurent!
Une fois encore, il répondit:
—Bien, maman.
Et quand ils furent assis chacun dans un des fauteuils de tapisserie, l’un devant l’autre, au moment de reprendre sa couture, elle eut une envie furieuse de se précipiter sur lui pour le couvrir de baisers, de lui demander pardon, de se jeter à ses genoux. Ce n’était pas possible qu’il fût devenu ce grand garçon aux yeux baissés, silencieux, sombre, et qui obéissait passivement, amèrement, à la moindre parole.
Il sentit sans doute le regard tendre et désespéré dont elle l’enveloppait, mais il ne fit pas un geste, ne releva pas se paupières. Et, se mordant les lèvres pour ne pas pleurer à chaudes larmes, elle reprit tristement sa couture, tandis que le silence immense du soir, autour d’eux, déferlait.
Au bout d’une demi-heure, il demanda doucement:
—Puis-je aller me coucher, maman?