—Mais certainement, mon chéri... Veux-tu que je monte avec toi pour voir si tu as tout ce qu’il te faut dans ta chambre?

—J’ai tout ce qu’il me faut, maman...

Et, sur cette réponse, détournée comme son regard, il se leva.

—Bonsoir, maman...

Elle s’était levée aussi.

—Veux-tu que je t’embrasse, Laurent?...

Sa voix avait tremblé, pleine de larmes.

—Si tu veux, maman...

Il la laissa faire, tandis qu’elle le serrait contre elle, si grand, presque aussi grand qu’elle. Mais il ne lui rendit pas un baiser. A deux mains elle l’avait pris aux tempes, fébrilement, essayant de forcer ses yeux. Et toute son âme était là, proche, ardente, son âme de mère qui voulait entrer, prendre, conquérir.

Qu’y a-t-il donc, dans le regard humain, qui donne ou qui refuse, et pourquoi ceux qui ne veulent pas nous livrer leurs yeux nous font-ils si mal? Quel est ce besoin que nous avons du regard, quel est cet échange qui se fait entre les êtres, quel est ce contact qui se produit par la rencontre de leurs prunelles, quelles sont ces deux électricités qui se cherchent, qui se cherchent jusqu’à ce que l’étincelle ait jailli?