Une lâcheté désolée la fit reculer au dernier moment. Elle pria donc l’abbé Lost à déjeuner, un jour. L’ayant vu la veille, elle lui avait expliqué la mission dont elle le chargeait. Par ailleurs, l’abbé souffrait de ne plus jamais voir Laurent à la messe. «Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse?... disait Mᵐᵉ Carmin. Ils ont dû le saturer, là-bas. Il faut craindre, si l’on veut le forcer, de le voir prendre aussi la religion en grippe...»
L’abbé Lost était bien trop fin pour ne pas comprendre. «Le bon Dieu fera pour le mieux...» soupirait-il.
Comme ce déjeuner s’achevait:
—Laurent, dit l’abbé, j’ai à te parler. Veux-tu que nous passions tous deux dans le petit salon?
Mᵐᵉ Carmin s’était esquivée.
—J’irai tout droit au but... commença le prêtre. Voilà: les vacances vont être finies dans quelques jours. Tu en as bien profité, si j’en juge par ta mine. Maintenant, il s’agit de te remettre à la tâche. Tu n’as que quatorze ans. Tes études ne sont pas finies. Veux-tu que nous recommencions à travailler ensemble comme autrefois, avec l’aide de monsieur l’instituteur?
—Non, monsieur l’abbé.
Le curé, saisi, tâcha de n’élever pas la voix.
—Regarde-moi. Tu ne veux pas me regarder?... Soit. Donc, cela ne te plaît pas de travailler de cette façon-là?
Il prit une inflexion très douce pour déguiser sa menace.