—J’ai quelque chose à te dire...

—Bien, mon oncle...

—Tu veux une auto, mon garçon? Eh bien! je te donnerai, moi, ton auto, na!

Le souvenir du passé faisait sourire le bonhomme. Autrefois, le petit était venu chez lui pour lui demander une bicyclette. Que ne l’avait-il donnée! Que n’avait-il compris ce qu’était cet enfant vertigineux qu’il avait repoussé comme un gamin ordinaire!

—Eh! bien! Laurent?... ça te va?... Tu la veux, ton auto?... Tu la veux tout de suite?

L’autre ne manifesta même pas quelque surprise devant cet excès de générosité de la part de son ancien ennemi. Avec cet air fuyant qu’il avait désormais, il répondit, poli jusqu’à l’insolence:

—Non, merci, mon oncle...

Et, tournant les talons, il disparut dans les profondeurs du parc.

*
* *

Les vacances se terminaient. Mᵐᵉ Carmin ne savait comment s’y prendre pour demander à Laurent quelles étaient ses intentions quant à la reprise du travail. Elle craignait également les deux phrases laconiques qu’il pouvait lui répondre, seules paroles qu’elle connût de lui, maintenant: «Bien, maman...» ou: «Non, maman...» Car, dans l’une ou l’autre, il y avait autant de révolte et de haine.