Les prières de Mᵐᵉ Carmin se faisaient chaque jour plus ardentes. Dévorée de dévotion, de souci, d’espoir, le geste de plus en plus nerveux, la silhouette de plus en plus mince, elle hantait à petits pas saccadés son château, son parc, l’église. Les gens du village la regardaient avec un respect attendri de pitié. Tous devinaient sa souffrance, tous espéraient pour elle des jours moins durs. On la savait sans nouvelles de son fils effrayant. Et les mères hochaient la tête quand elle passait.

«S’n’ éfant lui en a déjà fait voir de brutales, disaient-elles. Est malheureux pour une dame comme elle, qu’est bien convenable et d’eune si grande famille!»

Le mois de mai, rayé de pluie, faisait ses fleurs sous l’averse, allongeait ses herbes. Un petit coup de soleil passait qui, sous le ciel couleur d’ardoise, illuminait par rangées les ronds pommiers immaculés. Fraîcheurs éclatantes et parfums légers remplissaient la campagne, étourdie de chants d’oiseaux.

Ce fut par un des rares matins sans pluie de ce printemps en larmes qu’on entendit, dans le parc, le bruit impressionnant du moteur.

—Le voilà!...

Toutes les voix criaient. Mᵐᵉ Carmin, les mains jointes, attendit les déboires.

C’était une énorme voiture, la plus grande taille fabriquée par l’Ailée, un monstre dévorateur d’espace.

Il en descendit, avec Laurent, deux garçons inconnus, presque aussi jeunes que lui, la casquette sur les yeux et la voix faubourienne.

—Mes amis!... présenta-t-il sans dire leurs noms.

Jacques de Bonnevie était déjà là.