Il ajouta:
—Quelle chance de ne pas aller à Paris! Je déteste les voyages!
La lettre vint le lendemain, écrite par le gérant lui-même. Inquiet de ce départ de son apprenti payant, dont il était, somme toute, responsable, il s’était mis en campagne pour le retrouver. Il n’avait pas été long à découvrir Laurent. La maison l’Ailée, après examen, l’avait engagé.
Votre fils, Madame, est une mauvaise tête, mais c’est un mécanicien hors ligne, et je ne m’étonne pas qu’on l’ait pris tout de suite. Il peut se faire une situation dans «l’Ailée», qui est une maison autrement importante que la nôtre et qui a besoin de casse-cou comme lui. Tout est donc bien qui finit bien...
—Décidément, conclut l’oncle Jacques, ce garçon-là finira dans la peau d’un honnête industriel.
—Dieu t’entende!... soupira la mère.
Mais elle ne parla pas des cent francs qu’elle avait donnés.
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* *
Un peu de répit suivit. La correspondance échangée entre Mᵐᵉ Carmin de Bonnevie et le directeur de l’Ailée rassurait la mère, certaine, maintenant, d’avoir des nouvelles en cas d’événement grave. Cependant, elle devait s’attendre à rester des mois sans aucune lettre, ignorant tout de l’existence de son fils.
C’est ce qui ne manqua pas d’arriver. L’hiver passa, puis le printemps vint. Il fallait s’y résigner. Aller à Paris ou bien y envoyer Jacques, c’était risquer de détruire le nouvel équilibre instable où se maintenait si miraculeusement le petit.