O force de l’illusion, miracle de la tendresse maternelle! En écrivant cette lettre, elle crut qu’en vérité son fils était venu pour la voir, comme un enfant ordinaire que tient le désir d’embrasser sa mère. Elle oublia que l’argent qu’elle avait donné lui avait été extorqué, que cet argent avait été l’unique but du voyage. Il lui sembla qu’elle était une femme comme les autres, aimée par un fils honnête et câlin. Et le sourire qui errait sur sa bouche en relisant sa lettre lui faisait du bien jusqu’au fond de son être.
Agitée, elle relut encore, cacheta, sonna.
—Vite, Maria, qu’on attelle. J’ai une lettre urgente à porter à la poste. Et en attendant que la voiture soit avancée, allez tout de suite me chercher monsieur de Bonnevie. J’ai à lui parler!
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L’oncle Jacques, sa valise à la main, montait dans la victoria, le lendemain, se rendant à Paris pour y retrouver son neveu. Le télégraphiste parut.
—Une dépêche pour Mâme Carmin!
Quand ils eurent déchiré:
«Laurent mécanicien dans maison autos l’Ailée. Tout va bien. Lettre suit.»
C’était un télégramme du contremaître. Mᵐᵉ Carmin se mit à pleurer et à rire.
—Tu vois!... dit l’oncle Jacques, il se débrouille tout seul, maintenant!