Je vous dirai que Laurent a quitté notre maison. On lui avait donné une voiture à essayer pour une heure, il est resté deux jours parti, prétendant qu’il avait été vous voir. Le patron s’est fâché, le gosse aussi. Ça a fait du vilain, naturellement. Le soir, il n’était plus à l’atelier. Il avait de l’argent sans qu’on sache comment. Nous ne savons pas où il est passé. S’il est rentré chez vous, nous voudrions bien en être informés.

Croyez, Madame, à mon regret et à mes respects.

Le cri d’indignation que jeta Mᵐᵉ Carmin à la lecture de cette lettre passa par sa gorge comme un cri de joie.

Pour la première fois depuis qu’il était né, Laurent était accusé à tort. Il lui sembla soudain que son fils était un innocent, un martyr, et que tout ce qu’il avait fait de néfaste jusqu’à ce jour disparaissait, effacé par cette erreur dont il était victime.

Frémissante, étrangement heureuse, elle s’assit à son bureau, prit sa plume.

Défendre son enfant! Etre sûre, enfin, que c’était lui qui avait raison!

Monsieur,

Mon fils a bien fait de se fâcher et de quitter votre maison. J’aurais agi de même à sa place. Car il avait le bon droit pour lui. Il est parfaitement vrai qu’il soit venu me voir et que ce voyage lui ait pris deux jours, puisqu’il a passé la nuit chez moi, chez lui.

Quant à l’argent dont il disposait, c’est moi qui le lui ai donné. Vous voyez donc, Monsieur, qu’il y a là une méprise tout à fait indigne. Du reste, mon frère va se rendre à Paris pour tirer cette affaire au clair.

Mes civilités distinguées.