Mais, les portes refermées, comme elle entrait, hésitante, dans le petit salon, elle vit, sans y croire, que Laurent la suivait.

Il la laissa s’asseoir dans le fauteuil, au coin du petit feu dansant, puis il fit un grand pas vers elle. Elle crut qu’elle allait s’évanouir. «Ça y est!... Il a quelque chose à me dire! Il me pardonne. Oh! mon Dieu! mon Dieu!...»

Il eut son geste de petit bouc, pour rejeter en arrière la touffe des boucles noires. Le feu l’éclairait d’un côté, lueur sur la bouche violente, lueur dans le grand œil gris, large ouvert. La tête levée, Mᵐᵉ Carmin subit tout entier le regard écrasant du petit, ce regard dont l’étrange puissance faisait trembler, ce regard qui vous prenait vos forces. La brusque voix masculine prononça vite, dans un éclat sourd:

—Je veux de l’argent!

Elle tressaillit des pieds à la tête. Elle n’avait pas le temps de comprendre qu’il n’était venu que pour cela. Mais elle sentait se déchirer son cœur. Humblement, ses yeux obéirent. Elle murmura, consternée d’entendre sa propre voix prononcer cela:

—Bien, Laurent, je vais t’en donner...

Elle s’était levée. Avec des mouvements d’automate, elle alluma la bougie. Il la regarda passer, les yeux mauvais, la bouche serrée. Quand elle revint, il tendit la main sans mot dire. C’était un billet de cent francs. Il le prit, l’examina, l’enfonça dans sa poche. Trois grands pas sur le tapis. Il était sorti du salon.

A l’aube, le ronflement de l’auto réveilla la maison. Mᵐᵉ Carmin s’était précipitée à la fenêtre. Elle ne vit que la queue de la voiture disparaissant au tournant.

*
* *

Madame,