La soirée se passa gaiement jusqu'au moment où M. Duplay vint reprendre sa fille. Anne plaisantait, causait, brillait et paraissait ravie. Les yeux de Jacques s'arrêtaient involontairement sur ce beau visage resplendissant, et la jeune fille, à laquelle n'échappait point cette admiration, semblait l'agréer comme un tribut auquel elle était accoutumée.

- Ma tante, dit-elle tout à coup, mon père consent à m'emmener à Royan cette année. Nous y passerons un mois et je suis en ce moment fort occupée de mes toilettes.

- Ceci est une grave question! dit Mme Martelac en souriant.

- Oh! très grave, répéta Anne en frappant ses deux mains l'une contre l'autre.

- Ne serez-vous pas toujours la plus belle? dit Robert, regardant le fin visage auquel la lumière laissait des ombres adoucies et vaporeuses.

Un sourire le remercia de ce compliment échappé à sa gravité habituelle.

- Peut-être! répondit Anne, avec un doute mélangé pourtant d'une naïve confiance. Toutefois, il faut venir en aide à la nature et j'ai passé de longues heures à combiner mes costumes.

- Et qu'as-tu choisi, chère enfant?

- Une toilette rose, une bleue et une… Oh! mais je n'ose pas vous le dire! Cela va vous sembler absurde.

En disant ce dernier mot, elle parut s'adresser, non pas à Mme Martelac, à laquelle elle répondait, mais à Robert. Penché devant elle et paraissant sous le charme, il écoutait à peine le babillage de sa cousine, absorbé qu'il était par la contemplation de sa beauté. Il revint à lui en voyant son regard devenu subitement interrogateur.