- Il y a un petit appartement à louer chez Nicolas Larousse, le marchand de vieux meubles, dit Mme Martelac. J'ai vu l'affiche ces jours-ci en passant.
- C'est assez près de nous, au bas de la rue. Si tu veux, Jacques, nous pourrons aller voir ensemble s'il te convient? demanda Robert.
- Volontiers. Je serai heureux d'habiter dans votre voisinage.
- Mais rien ne presse, reprit la maîtresse de la maison. Restez avec nous jusqu'à ce que vous trouviez à vous caser à votre fantaisie.
A peine les deux jeunes gens étaient-ils dans le salon qu'on sonna de nouveau à la porte de la rue, et un instant après une jeune fille, grande, belle et fraîche comme la jeunesse elle-même, entra dans l'appartement. Elle embrassa Mme Martelac en la nommant sa tante, donna une poignée de main à Robert, dont le regard se leva vers elle avec une expression qui n'échappa point à Jacques et salua celui-ci, tandis que la mère du docteur les présentait l'un à l'autre.
Comme vous avez bien fait de venir, Anne! dit Robert en s'empressant pour lui offrir un fauteuil.
- Mon père m'a amenée en allant à son cercle. Je n'étais pas à la maison tantôt quand vous y êtes venu et j'ai voulu vous voir un moment ce soir.
Le visage du docteur s'illumina à cette réponse, et profitant d'un moment où Mme Martelac détournait l'attention du lieutenant en lui adressant une question, il se pencha vers sa voisine et demanda à voix basse:
- Vous êtes venue pour moi, alors? Merci, Anne.
Celle-ci sourit sans répondre et ses grands yeux bleus se détournèrent du regard reconnaissant qu'ils semblaient refuser de comprendre.