Le salon avait gardé son apparence austère, la mère de Robert ayant tenu à ce que rien de la fortune de sa pupille ne vînt apporter le luxe dans son intérieur. Elle évaluait ses soins et son affection trop haut pour en retirer un avantage matériel et pensait en être payée par la tendresse de l'enfant et par la joie de la former à une vie utile et sérieuse. Sarah, indifférente à un confortable qu'elle n'avait jamais connu du vivant de son grand-père, acceptait avec reconnaissance la place qu'on lui faisait à ce foyer.

Quand elle sut ses leçons, appuyant le coude sur la table et le menton dans sa main, elle regarda sa compagne en silence. Aucun bruit ne troublait la tranquille soirée des deux femmes; dans la rue, des chants se faisaient entendre, adoucis par l'éloignement, et le cloches de l'église de Notre-Dame, sonnant le couvre-feu, dominaient les derniers bruits de la journée arrivée à sa fin. Mme Martelac et Sarah ne voyaient personne, elles sortaient rarement, sauf pour la promenade de chaque jour, conseillée par Robert pour la santé de l'enfant. La mère du docteur se donnait entièrement au devoir qu'elle avait accepté et, surveillant l'éducation de la petite fille, elle avait éloigné au moins pour quelques années les relations qui eussent pu la distraire de cette surveillance.

Sarah se trouvait parfaitement heureuse et n'ambitionnait aucune distraction nouvelle. Elle avait voué à sa protectrice une tendresse profonde qui s'était tout naturellement implantée dans son coeur au contact de cette âme élevée et douce.

Mme Martelac, levant les yeux et la voyant immobile, lui dit:

- A quoi pensez-vous, Sarah?

- Je pense, Madame, que le docteur, avec toute l'apparence de la force, vous ressemble par la douceur.

- A quel propos dites-vous cela?

- Je pensais à lui et je ne puis le faire sans songer à sa bonté à mon égard et à l'égard de tous ceux qui ont besoin de lui.

- Oui, il est bon, c'est vrai, dit Mme Martelac avec conviction.

- Il le prouve en toutes circonstances. Tenez, à son dernier voyage ici, il y a deux mois, je l'ai vu soigner Catherine lorsqu'elle s'est cassé le bras, j'ai été frappée de sa douceur en le soignant.