- Orpheline? Le suis-je? Les années ont beau s'écouler, j'attends et j'espère toujours.
- Hélas! ma pauvre enfant, vous le savez, toutes les démarches de Robert demeurent sans résultat. N'ayant aucun indice pour nous guider, ignorant absolument le lieu de votre naissance, nous ne trouvons rien. J'en ai peur, il faut vous résigner. Votre pauvre père est mort sans doute et Dieu l'aura, dans une vie meilleure, consolé de l'horrible injustice dont il a été victime dans celle-ci.
- Je ne puis le croire. Je désire tant le retrouver!
Mme Martelac n'insista pas. Elle savait combien, à l'âge de Sarah, il est difficile d'abandonner une espérance et de croire que la vie nous refusera la réalisation de nos souhaits les plus ardents.
A cet instant, la porte s'ouvrit et une jeune femme en deuil entra dans le salon. Sarah se leva vivement et vint à elle avec affection.
- Anne, combien vous êtes aimable de braver ce déluge pour venir nous voir! Vous ressemblez vraiment à la colombe de l'arche.
La nouvelle venue la regarda, étonnée de cette comparaison:
- Oui, il y a un instant, cette pluie persistante me faisait penser à la famille de Noé et j'essayais de me rendre compte des sentiments qu'elle a dû éprouver pendant quarante jours de réclusion. Venez-vous comme la colombe nous annoncer enfin la cessation de ce nouveau déluge?
Avec cette facilité d'impressions qui est l'apanage de la jeunesse, le visage attristé de Sarah a repris à l'arrivée d'Anne son expression souriante.
- Malheureusement non, dit celle-ci, le ciel est encore tout noir et ne semble pas disposé à fermer immédiatement ses cataractes; nous aurons, sans doute, plusieurs heures de pluie et je ne puis, malgré ma bonne volonté, vous donner aucun espoir sous ce rapport. Vous êtes donc condamnée à rester enfermée, à moins que, comme moi, vous n'affrontiez cette averse et ne vous hasardiez dans la rue malgré les ruisseaux qui y coulent.