- Ne soyez jamais ambitieuse, avait-elle dit un jour à Sarah.
La fortune ne suffit pas au bonheur.
- N'avez-vous pas été heureuse, vous? demanda la jeune fille.
Anne soupira et dit avec regret:
- J'aurais pu l'être!
Quel souvenir avait alors mis des larmes dans les beaux yeux qui se détournaient pour les cacher?
Sarah n'osa questionner. Elle était bien enfant encore pour être la confidente de la jeune veuve, et, tout en lui donnant une sincère affection, la petite-fille de Nicolas Larousse se sentait parfois un peu intimidée en face de cette grande et belle personne, plus âgée qu'elle de plusieurs années.
- Savez-vous ce que je pense? dit-elle un peu après le départ d'Anne, quand celle-ci, voyant la pluie cesser un instant, en profita pour quitter sa tante et son amie.
La jeune fille, laissant retomber le rideau quelle avait soulevé pour regarder dans la rue, se tournait vers Mme Martelac.
- Je ne sais, petite, dit la vieille dame. Ce doivent être des choses bien graves, car, depuis le départ d'Anne, vous paraissez absorbée dans de sérieuses réflexions.
- Très graves, en effet! repartit Sarah en secouant le tête.
Il s'agit de l'avenir.