- Je veux vous remercier…
Alain s'était soulevé de nouveau pour exprimer ce qu'il éprouvait, mais Robert l'interrompit et le força à reposer la tête sur le lit.
- Plus un mot, maintenant! Je sais et je comprends ce que vous pensez; mais vous êtes épuisé. Je vous ai permis de parler longtemps, sachant le bien que pouvait faire à votre pauvre âme si éprouvée un peu de confiance, et je vous ai écouté en ami. A présent, le médecin parle et vous ordonne pour le moment un repos complet.
Docilement, M. de la Croix-Morgan, chez lequel une sorte d'atonie succédait à la surexcitation amenée par son récit, ferma les yeux, et Robert, ayant de nouveau appuyé le doigt sur son pouls et constaté cette excessive fatigue, sortit de la chambre et donna ses ordres à la voisine chargée du malade.
En rentrant chez lui et avant même de donner audience aux personnes qui attendaient sa consultation, Robert écrivit à sa mère, la priant de se rendre immédiatement à Paris avec Sarah. Les raisons qu'il lui donnait aussi succinctement que possible firent trembler d'émotion et de surprise les mains de Mme Martelac quand elle lut et relut la lettre de son fils.
- Sarah! Sarah! s'écria-t-elle, venez vite! Venez!
Celle qu'elle appelait si vivement, relevant sa robe d'une main et tenant de l'autre un petit arrosoir, s'en allait à travers l'allée principale du jardin, donnant ici et là un peu d'eau à des jacinthes et à des crocus qu'elle avait plantés avec soin et qui souffrant, croyait-elle, de la sécheresse, ne montraient pas assez promptement, à son gré, leurs fleurs printanières. Elle releva la tête, étonnée de l'empressement inusité avec lequel sa protectrice l'appelait, et vit Mme Martelac, une lettre à la main, et lui faisant signe de venir la retrouver.
L'arrosoir se versa, je crois, tout entier sur une tige de jacinthe, sans doute écrasée par cette avalanche, la pauvre! La jeune fille bondit jusqu'à la maison et fut en un instant près de la mère de Robert. Celle-ci s'était laissée tomber sur un siège. Elle tendit la lettre du docteur:
- Lisez et partons!
Sarah parcourut cette bienheureuse lettre, porteur de la nouvelle, et tombant à genoux près de sa mère adoptive, elle s'écria en cachant dans ses mains son visage rayonnant: