- Vous croyez, ma mère, que je trouverais tout cela dans une de ces charmantes poupées de salon dont on vous parle? demande Robert.

Le ton avec lequel il pose cette question a quelque chose d'amer qui ne lui est pas habituel et dont M. de la Croix-Morgan est frappé.

- Mlle Nissel est pieuse et sérieuse, assure-t-on.

- On le dit toujours de la jeune fille que l'on veut faire épouser à un homme de ma profession, n'aimant guère le monde et ses frivolités.

- Alors, cherche une autre jeune fille.

Le docteur secoue la tête sans rien répondre, et Sarah s'étant décidée à quitter la fenêtre pour revenir surveiller la tisane, la conversation change. Mais M. de la Croix-Morgan, dont la pâle figure a pris une expression soucieuse, suit longtemps des yeux la personne de sa fille allant et venant dans la chambre. Puis, ses regards se reportent avec hésitation sur le grave visage du docteur; il semble chercher le mot d'une énigme dont il entrevoit la solution.

Encore quelques semaines, deux ou trois tout au plus, et le dernier jour arriva pour cet homme durement éprouvé. Il s'éteignit doucement, et son lit de mort s'éclaira de clartés pieuses, entouré comme il l'était par Robert et par les deux femmes. Il accepta le consolations de la religion, et le prêtre amené à son chevet entendit tomber de sa bouche repentante le pardon chrétien pour ses bourreaux, pardon auquel devait répondre du haut du ciel celui de Dieu lui-même.

Peu d'heures avant de finir, il pria le docteur de rester seul avec lui.

- Docteur, lui dit-il, le temps s'en va pour moi, vous ne m'en voudrez pas de mes paroles?

Robert s'était assis près de lui, il répondit doucement: